27 mars 2011, un mois déjà...

Sarkozy avance à pas de Guéant

Poussez-vous d'vant !

Eh non, c'est pas une illusion d'optique, on dirait bien qu'ils ont génétiquement muté, à l'UMP ! Ils ont dû se faire un shoot de solférinoïne sans savoir que c’en était. Ou alors il y a un virus, une bactérie, une merde comme ça qui traîne. Le corps exécutif et/ou législatif s’est peut-être fait contaminer, va savoir !, par un socialiste repenti vecteur de la maladie, comme Besson par exemple. A moins qu’ils ne se soient fait envoûter, genre on leur a jeté un sort maléfique, une cochonnerie vaudou, une sale affaire en tout cas ! Putain de marabouts, on se sent plus chez nous dans notre propre pays !

C'est pas que les uhémpéistes étaient particulièrement bons camarades entre eux avant, mais on leur avait enseigné les bonnes manières. En revanche, depuis que les pourcentages d’opinions favorables font faire de la spéléologie au petit Nicolas, ça part grave en impro ! T'enlèves les cravates et les costards sur mesure, et qu'est-ce qu'y't'reste ? Une classe de CM2 à la cantine. Va gagner les élections avec ça !

Au risque de passer pour un persifleur, je constate qu’au sein de l’UMP il suffit qu’un type dise blanc pour qu’aussitôt dix autres tombent amoureux du noir. Enfin, non, là c’est une mauvaise image : à l’UMP en ce moment, les références colorées sont à prendre avec des pincettes chirurgicales.  Faut dire que toute la gauche est en embuscade, et elle snipe tout ce qui bouge à droite des clous. Au-delà des couleurs, il y a plein d’autres mots qui sont refoulés à la frontière du politiquement correct. Par exemple, si en ce moment tu évoques une croisade, tu peux être sûr de passer dans les cinq premières minutes des JT, faire la une des quotidiens, te retrouver en page d’accueil YouTube et DailyMotion et devenir le principal sujet de discussion du PS. Un mot un geste, les média et la gauche font le reste !

Tenez, je prends un exemple, au hasard. Voyons voir… comment ?... oui, j’y aurais pas pensé, mais si vous voulez… prenons Claude Guéant, notre nouveau ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, depuis tout juste un mois ! Au passage, bon anniversaire M'sieu le Minis'…

Il est bien, lui. Tout pour plaire, c’est sûr qu’on va beaucoup l’aimer. Dans le genre Lassie chien fidèle, il s’est démené ces dernières années. Où que mémaître y va, y veut qu’y va aussi. En plus, Lassie est plutôt un bon exemple, parce que Guéant n’a pas l’air dangereux. Un peu morne peut-être, mais pas méchant : tu le croises pour la première fois dans un couloir, tu mates son air sérieux… tu hésites entre ‘commissaire européen en charge de l’harmonisation fiscale’ et ‘neurochirgurgien’ spécialisé dans un truc que même le mot tu comprends pas. Cependant rassure-toi, au quotidien tu le croiseras pas trop souvent dans les couloirs. Toi et lui, il est rare que vous fréquentiez les mêmes. D’ailleurs, si t’essaies de te rappeler quand tu l’as vu en vrai pour la dernière fois, tu te rendras compte que ça fait vraiment un bail.

Mais attention, il ne faut pas trop se fier au physique : c’est pas un ‘fly’ ni un ‘peace & love’, le ch’tit père! Avant de devenir premier flic de France, l’énarque Claude Guéant a été préfet d’à peu près tous les coins de France, de Navarre et des DOM-TOM. Et surtout il est devenu secrétaire général de la présidence, dès que Sarkozy a pris la place de Chirac. Pour ceux qui ne savent pas trop à quoi ça sert, un secrétaire général de l’Elysée, c’est un peu l’équivalent d’un vice-président de la République. Eh ouais !, depuis quatre ans, Guéant est le deuxième homme politique le plus puissant de France.  Vous, vous croyiez que c’était Fillon ? Tss tss tsss… Tiens, du coup on dirait que ça ricane moins au fond de la classe !...

De l’eau a coulé sous les ponts, depuis 2007. C’est sûr que si l’ami Sarko nous resservait aujourd’hui ses deux vieux sketches d’il y a quatre ans – de mémoire, une histoire de travailler plus pour chais plus trop quoi encore, et l’autre connerie tournait autour d’un mec qui était le président du pouvoir d’achat – il se doute qu’on va plus se taper le cul par terre de rire. On a déjà assez rigolé comme ça, même qu’on n’a pas arrêté depuis quatre ans. Personnellement, il me reste encore un rictus bâtard en travers de la gueule, j’ai dû me faire une crampe des zygomatiques.

Comme notre président sait qu’il s’est viandé sur sa principale promesse – le pognon, celui qui rentre nos fouilles, et celui qui en sort – il a tout intérêt à braconner ailleurs s’il veut rester le patron de la boutique pour cinq nouvelles années. Quoi de mieux alors que de jouer le rôle d’un bouclier pour le peuple chétif et frileux, à la merci des hordes d’envahisseurs et des sans toit ni loi. Bref, cette gangrène que sont les crève-la-faim. Qu’ils soient des millions ou des milliers, qu’ils soient le principal problème de notre société ou un souci secondaire, peu importe : le peuple, il lui faut un danger facilement identifiable, pour qu’il le tienne toujours à l’œil. Ben oui, c’est con et c’est inquiet, le peuple. Ça cherche une épaule musclée. Et tant pis si elle ne culmine qu’à 1m40 du sol !

Du coup, ça ne pouvait pas mieux tomber avec l’autre teigneux, Mouammar, qui canarde son propre peuple qui se révolte ! Sarko a déjà raté les deux premiers épisodes de ‘Dégage !’, cette série maghrébine à succès, ç’aurait été con de zapper le troisième aussi (sous peine de ne plus rien capter au scénario après). En plus c’est pas trop loin, à deux battements d’ailes de Rafale. Ça va pas nous ruiner en essence, on connaît le chemin, alors on dit qu’on y va, on dit qu’on fait un peu les abrupts, on dit que c’est pour une bonne cause, et au moins c’est un truc qui a de la gueule ! Pour changer.

Défendre un peuple contre la brutalité d’un dictateur, c’est bien. En termes d’image, ça le fait, surtout quand on remet en jeu son statut de président. Mais attention, nul n’est parfait en son pays. Parce que le concept Zorrozy, c’est bien, ça donne de l’envergure, mais surtout à l’étranger. Ce qui est un peu con pour Sarko, c’est que les Libyens ne sont pas interrogés par les instituts de sondage français. Et ce qui est encore plus con, c’est qu’ils n’ont pas le droit de voter aux présidentielles françaises. Alors voilà, tout ça pour dire que s’occuper du père Mouammar ne suffit pas…

Pour le dossier 'Hexagone Management', il faudrait une autre stratégie. Puisque pour la première préoccupation des Français, le pouvoir d’achat, c’est mort ! – paix à son âme – voyons voir la deuxième préoccupation : ahaaa, tiens tiens !... l’insécurité… C’est bueno, ça ! Voilà un thème qu'il est bien. Si seulement y’avait pas ces crevards du FN qui étaient déjà sur le segment…

Pauv’Nico, comment qu’y va faire ?... Y peut pas tenir le même discours que Marine, ça se verrait tout de suite, et c’est la blonde qui en profiterait. D'ailleurs à coup sûr, Il se ferait allumer par tout le monde, y compris le FN. L’idéal, ce serait d’avoir un bon gars solide, un inébranlable, un homme de confiance qui ferait ce sale boulot à sa place, pointerait du doigt en direction des voyous aux cheveux crépus, et puis aussi des djellabas dans la rue, des culs levés à l’ouest pendant la prière, et pourquoi pas ?, des hordes d’affamés basanés, fraîchement libérés de leurs tyrans. Un type qui stigmatiserait inlassablement des étranges individus qui prennent à contrepied les mœurs chrétiennes de nos honnêtes gens. Ah ouais, ce serait chouette, ça ! Mais attention !...

‘Faut surtout plus se la jouer à la cosaque, comme avec ce bourrin de Hortefeux ! Jusqu’à un certain point, il faisait l’affaire à l’Intérieur, même avec ses théories des nombres. Mais à un an des présidentielles, ‘serait grand-temps de sortir le velours. Idéalement, il faudrait un malin qui garde toujours son sang-froid, qui sait quand fermer sa bouche et quand l’ouvrir. Et en cas d’ouverture de ladite bouche, quels mots laisser échapper, bien choisir ces petits mots flingueurs, aussi efficaces qu’inattaquables en justice. La gauche gueulerait bien sûr, mais bon, de toute manière elle gueule quand même, quoi que l'UMP dise. En attendant, tout en essuyant seul les feux nourris de l’opposition, ce malin baliserait le chemin avec ses phrases soigneusement maladroites, dirigerait les débats médiatiques dans la bonne direction, tout en livrant à l’ombre et au silence tous les autres thèmes. Pour tomber dans ce traquenard intellectuel, on peut déjà compter sur la plupart des grands médias, qui demanderaient pas mieux que d'introduire leurs micros dans le poulailler. Pendant ce temps, le président resterait discret, préparerait ses interventions et apporterait finalement LES réponses claires, posées et rassurantes à des questions hystéro-polémiques qui seraient restées à l’arrière-plan si on ne les avait pas systématiquement poussées devant.

Tout ça, c’est bien joli, mais où trouver cette perle rare ? Où se cache-t-elle ?, Seigneur-Dieu dis-le moi…

« Mais je suis con !, ce malin existe bel et bien, il est même là, sous mon nez, dans le bureau d’à côté… Toc toc toc… Claude, j’te dérange ? Non ?, tant mieux ! Dis, tu vas rigoler, je pensais à un truc… »