Route Irish : la route la plus chère du monde

J'ai deux heures à tuer, et pas trop le moral. En général, une bonne toile et c'est reparti... Vendu !

Je cherche parmi les films proposés à l'entrée du cinéma : tiens, le dernier Ken Loach ! "Route Irish". Sur l'affiche, un militaire dans la ligne de mire d'un fusil. J'en ai entendu parler, sans plus. Mais le réalisateur britannique m'a rarement déçu. En fait, jamais. En revanche, les thèmes qu'il aborde m'ont rarement remonté le moral. En fait, jamais. Tant pis, je choisis "Route Irish".

Une heure cinquante plus tard, je sors de la salle. Un peu hébété. La sensation de m'avoir pris une baffe. C'est le deuxième effet Kiss Loach.

Je déteste connaître une histoire à l'avance, ne comptez pas sur moi pour vous la raconter. Je ne trahirai pas l'intrigue en répétant ce que dévoile la bande annonce (qui est, soit dit en passant, la plus pourrie pour un film de Ken Loach): un ancien para de retour de mission de Bagdad, où il travaillait comme agent de sécurité, cherche à comprendre les circonstances de la mort en Irak de son meilleur ami. Il pressent que ceux qui connaissent la vérité tentent de la dissimuler. A la fin du film, il découvre le fin mot de l'histoire. Mais l'histoire, on s'en fout. La construction scénaristique est pourtant taillée au bistouri, l'interprétation magistrale, la réalisation sobre mais irréprochable. Parce que ce n'est qu'un prétexte. Le propos de Loach est ailleurs...

La guerre, c'est dégueulasse, elle pue la merde et la chair cramée, ce n'est un scoop pour personne. Pourtant, sur fond des "sempiternelles" horreurs propres au genre, Ken Loach réussit avec subtilité là où la plupart des réalisateurs se fourvoient dans l'alternance facile entre "viriles destinées" à deux balles et effets spéciaux à des millions de dollars.

Si vous aimez les scènes de combat et les explosions de véhicules divers et variés, ne dépensez pas votre pognon à aller voir Route Irish : ce serait bête, toutes les scènes sont dans la bande-annonce. Ce n'est pas vraiment un film sur la guerre. C'est un film sur le guerrier. Le mercenaire qu'il est devenu. Sur la perte de son âme, sur le souvenir de celle-ci. C'est en quelque sorte l'autopsie d'un mourant.

Route Irish est également un film sur le prix d'un homme. Dans le sens "être humain". Combien il coûte concrètement, et combien il rapporte. On se doute que ça ne va pas chercher très loin. Mais on se trompe : en Irak, c'est plus cher qu'on ne le croit, même si ça reste abordable. En fait, ça dépend beaucoup de quelques hommes élégants et bien élevés, et un peu des collègues mercenaires. Et parfois, très rarement, ça peut dépendre du côté où on se trouve par rapport au blindage de la 4x4. De l'endroit et du moment.

Ce film est également une évaluation approximative du prix d'un peuple, héritier de la Mésopotamie, la plus vieille civilisation humaine. On se doute que ça ne va pas chercher très loin. Mais on se trompe : c'est encore meilleur marché qu'on ne le croit. Là aussi, ça dépend. The wrong place at the wrong time...