Stranger in this town

Au départ, c'est juste l'histoire d'un jeune type qui séduit une jeune femme. Ils vivent tous les deux en région parisienne. Le gars habite Sartrouville, la fille Rosny-sous-Bois, à une trentaine de kilomètres de distance. Encore moins à vol d'oiseau.

A première vue, c'est une histoire banale de flirt, voire d'amour. Sauf que d'après certains, ça n'a rien à voir. Le mec, ce serait une merde. Et la fille une petite pute. Parce qu'il est indéniable que cette dernière - appelons-la J. Capulet - a trahi sa cité en se maquant avec un bâtard - disons qu'il s'appelle R. Montaigu - qui n'a pas à foutre les pieds en-dehors de sa propre cité de bâtards.

Eh oui, c'est ça aussi, la France du IIIème millénaire. Je veux dire, c'est de nouveau ça. Pourtant, à l'époque où mon grand-père était un fringant jeune homme qui ne pensait qu'à courir la gueuse, ce type de mentalité ultra-communautariste était celle des ploucs, des sauvages arriérés perdus dans leurs montagnes avec leurs chèvres. Lui qui ne cessait de me répéter quand j'étais un petit morveux sur ses genoux que j'ai de la chance d'être né à la fin du vingtième siècle plutôt qu'au début, s'il était encore en vie, il serait abassourdi d'apprendre que les crimes de sang pour des histoires de clocher sont revenus à l'ordre du jour, à l'endroit même où il faisait le beau dans sa jeunesse.

Ce fait divers a des relents de 'déjà entendu'. Il y a plusieurs siècles, Shakespeare avait écrit l'histoire d'un garçon et d'une fille que seule séparait l'appartenance à des familles rivales. Un seul obstacle, mais insurmontable ! 'Romeo et Juliette' était une fiction, mais l'Histoire des hommes lui a donné toute sa crédibilité. Plus proche de nous, il y a une quinzaine d'années, il y a eu les amants de Sarajevo, dans une Vérone serbo-bosniaque, tout aussi dévastée par la haine et la bêtise.

Les amants de Noisy-le-Sec n'auront pas le même écho : l'histoire n'est pas assez romantique, et puis les deux ne sont pas morts d'avoir voulu être ensemble. Un Sartrouvillois qui est entre la vie et la mort parce qu'il s'est fait tabasser par une dizaine d'épais connards rosnéens, pour avoir plu à une fille de leur quartier, reconnaissons qu'à première vue, ça ne donne pas envie de monter une pièce de théâtre là-dessus, ni une comédie musicale.

Et puis ce qu'on retient de ce sordide fait divers, ce n'est pas tellement l'amour entre deux personnes, c'est surtout la connerie abyssale de quelques semi-analphabètes qui confondent "appartenir à une cité" et "la cité nous appartient". C'est une conception pré-médiévale de la vie en société. Quand la connerie est une idéologie, quand elle est un choix de vie, les mots sont plutôt vains. Les flics peuvent constater, les sociologues peuvent analyser, les journalistes peuvent relater, il n'en demeure pas moins l'évidence d'une infime minorité de gros cons qui prennent beaucoup trop de place dans la vie des banlieues.

Quand il y a le feu dans une maison, on l'éteint d'abord, et on cherche l'origine de l'incendie ensuite. La priorité absolue dans nos cités en périphérie de Paris (et des autres grandes villes) est de rendre la rue aux habitants. Leur vie n'est pas forcément facile sur le plan économique, ils n'ont pas besoin en plus de baisser la tête à chaque fois qu'ils croisent le petit con, mineur d'âge, qui habite dans le HLM d'en face. Que Sarkozy, Guéant, Copé, Hortefeux, l'OTAN ou Benoît XVI - on s'en bat les coudes qui - neutralise d'abord de manière durable ces abrutis sectaires, et on pourra ensuite réfléchir aux différents pourquoi et comment. Peut-être même pourra-t-on récupérer ces nuisibles, et en faire des gars bien, qui respectent les autres. Ce serait une bonne chose. Mais si c'est trop compliqué, tant pis. Débarrassez-nous-en, on se contentera de ça. Je peux me tromper, mais je pense que c'est même le boulot pour lequel est payé notre nouvel ami Claude Guéant.

Je sais ce qui me pend au nez, avec un tel article : "Franz Bonhomme, facho !". Peut-être finalement... Et tant qu'à faire, allons-y carrément, on pourrait aussi dire que mon discours est frontiste. Peut-être pas finalement...

Parce que moi, comme beaucoup de mes voisins banlieusards, je m'en fous de l'origine des petits cons qui font régner la terreur à la sortie du RER. En revanche, ceux qui oseraient toucher à l'un des miens, le désir de les travailler à la batte serait le même que s'ils étaient des Waffen SS blonds aux yeux bleus. Et pour tout vous dire, j'aurais tout autant l'envie de leur trouver des excuses avant de passer à l'acte.

C'est ça le problème dans ce pays. Dès lors qu'il s'agit de voyous keublas ou reubeux, il n'y a que deux approches : l'angélisme embarrassé d'une certaine gauche qui est terrorisée de passer pour raciste, ou la jubilation à peine dissimulée d'une certaine droite qui instrumentalise tous les faits divers pouvant servir une stratégie exclusivement sécuritaire. Et entre les deux, il y a un énorme terrain vague, avec des vrais gens dessus, qui travaillent et paient leurs impôts et respectent toutes les règles, et disent bonjour à la dame, et tout et tout. Et qui se posent la question : pourquoi tant de débats sur des sujets bidon, et si peu d'efficacité-terrain sur des sujets bien réels ?

Permettez-moi une réponse, celle d'un banlieusard qui ne vit pas très loin de Noisy-le-Sec. Le pouvoir actuel ne résout pas les problèmes parce qu'il est tout simplement incapable de le faire. Sur la sécurité, ils ne savent pas faire. Ils disent qu'ils savent, mais tout démontre le contraire. En revanche, ils savent communiquer, convoquer les médias et pondre des lois mieux qu'un élevage de poules industriel.

Si la gauche revenait au pouvoir, ils pourraient peut-être changer certaines choses, mais fondamentalement ils ont suffisamment prouvé qu'ils sont incompétents en matière de sécurité publique. Ce sont eux qui ont institutionnalisé le politiquement correct et les consensus mous qui vont avec.

Si le FN arrivait au pouvoir, on pourrait croire que la sécurité s'en retrouverait renforcée : on pourrait, mais regardez plutôt sur internet les quelques bilans de leurs victoires municipales passées, vous vous ferez votre propre opinion. Personnellement, je crains qu'avec leur approche de la problématique, ce ne soit pire qu'avec Sarkozy, pourtant il est déjà arrivé à des sommets de n'importe quoi, l'ami Nico.

Pour l'instant, il n'y a en France aucun esprit éclairé, à la fois subtil et suffisamment fort que pour inspirer le respect à la population et la crainte aux petites frappes. Aucun parti politique n'est actuellement à même de proposer la bonne recette. Alors la droite agite plein de bâtons en se gardant bien de prévoir même une toute petite carotte au bout, et la gauche agite la promesse de plein de grosses carottes en se gardant bien de prévoir même un tout petit bâton.

Pendant que le beau monde s'affronte à coups de conférences de presse et de meetings, la populace rêve d'un pouvoir qui aurait du boulot et de la dignité dans une main et une torgnole dans l'autre. Histoire qu'il puisse tendre la main à tout un chacun, en choisissant celle qui convient à chaque individu et chaque situation. Ce rêve n'est pas du fascisme. "La sécurité, c'est la liberté du pauvre". Ce n'est pas un fasciste qui l'a dit.

L'explication, c'est aussi con que ça. Mais c'est très con, autour de moi tout le monde en convient.

 

Jungle comtemporaine.

Des animaux  handicapés, habillés comme des humains, ressemblant à des humains qui se sont mis debout mais qui mériteraient d'être à quatre pattes, et courageux en plus, à 10 contre un, ça c'est des mecs, des vrais! si le "malheur" , les inégalités, l'appartenance, explique tout, alors, distribuons des kalachnikof:il n'y aura un jour  plus personne pour tirer!