Winter's bone... La belle et les bêtes

Le cinéma indépendant américain est parsemé de petites perles, ci et là, éblouissantes, méconnues... Parmi les derniers trésors made in USA, il y a un bijou intitulé "Winter's bone", à mille miles d'un danger imminent qui menace d'anéantir la Terre, de l'agent secret recherché par les crapules du monde entier ou d'une bande de collégiens crétins obsédés par le cul des collégiennes de leur collège. Dès les premières images du film, on découvre une maison délabrée au fin fond de l'Arkansas. Et puis à côté de la maison, en train de couper du bois, il y a Ree Dolly, une jeune fille poussée de force dans l'âge adulte quelques années trop tôt. Le monde autour est dur, froid, d'une indifférence proche de la monstruosité. Quelque chose des animaux sauvages qui partagent avec les hommes ces forêts infinies. La gamine a beau avoir l'air solide, on ne peut s'empêcher de se faire du souci pour elle, tant elle est seule face au danger...

Et voilà, vous n'en saurez pas plus. Sauf que...

Le film est réalisé par Debra Granik, dont c'est le deuxième film (après "Down to the bone", un film sur le thème de l'addiction). La réalisation est sans faille. Tout simplement époustouflante. J'ai particulièrement apprécié l'angle de vue qu'elle a choisi pour nous présenter les protagonistes, sa manière de coller de près à leurs vies, comme s'il était impossible de prendre du recul, comme si la caméra essayait de rentrer dans le crâne des personnages, tellement il y a peu de champ entre ceux-ci et leurs horizons respectifs, où qu'ils aillent et quoi qu'ils fassent. C'est particulièrement inspiré, car en collant ainsi la caméra aux semelles des protagonistes, la réalisatrice nous attire peu à peu au plus profond des forêts de l'Arkansas... attention!, trop tard, elle nous a piégés, elle nous a braconnés. Et nous garde séquestrés dans ce monde sauvage jusqu'à la fin. Dans un autre genre, sur un thème légèrement différent, mais avec la même subtilité et la même puissance, Winter's Bone me fait penser au film de Courtney Hunt, Frozen River., que je vous recommande par la même occasion (et bonne chance pour le trouver dans un vidéo-club ou distributeur de DVD !).

Je ne peux prendre congé avant de souligner le talent de Jennifer Lawrence, et la maturité bluffante avec laquelle elle incarne Ree Dolly : la gamine crève l'écran, il n'y a pas d'autres mots. Si de prime abord, l'histoire d'une poignée de hillbillies ("ploucs", "bouseux", version USA) ne vous tente pas, allez-y au moins pour la petite Ree Dolly. Vous y découvrirez une future pointure du cinéma américain.

Voilà. Si avec ça, je ne vous ai pas donné envie d'aller voir le film, laissez tomber. C'est qu'on est pas dans le même trip cinématographique, et puis c'est tout.

 

Portrait de Marek

J'ai beaucoup aimé ce film.

C'est certain, on n'y trouve ni hyper-baraques, ni hyper-car, ni hyper beau mec...

Mais, en effet, on n'y voit une belle, avec un courage et une détermination gros comme ça.