Concerto pour pipeau et orchestre

Tant pis si je me fais excommunier par Guy Damme... Moi, l'anecdotique, j'adore !

Kess'vouvoulez, j'aime qu'on me raconte des histoires. M'en fous qu'elles soient vraies ou pas, pour autant qu'elles soient crédib'. Mais attention hein ! Avec l'âge, j'suis devenu exigeant : on m'enfume plus avec du bois de cagette. Y'm'faut du lourd, genre les gros coups tordus à l'époque de la guerre froide. Ça, c'était la classe ! Au moins, les mecs de la propagande des deux côtés du Rideau de Fer mettaient du coeur à l'ouvrage. C'était du temps où la conscience professionnelle signifiait encore quek'chose. Mais je vous parle d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Aujourd'hui, y's'prennent plus trop la teuté. Tenez, par exempp', la dernière histoire à la mode : l'opération commando pour démonter Ben Laden. Chais pas c'que vous en pensez, mais perso je trouve que c'est tellement bâclé que c'en est offensant, à la limite de l'insulte à ta mère !

Alors comme ça, y'paraît que ça f'sait plusieurs mois qu'y z'avaient repéré le père ZZ Top à Abbottabad. C'est un peu le Neuilly-sur-Seine d'Islamabad, si v'voulez, mais avec beaucoup plus de Rebeux. Il créchait dans une grande maison entourée de murs, protégée comme la Banque de France. Pour rentrer là-d'dans sans y être invité, à première vue ça s'annonçait plutôt poilu !

Heureusement, la CIA a eu une idée de génie. Ils ont construit à l'identique la maison ailleurs (quelque part en Afghanistan), pour que le commando puisse s'entraîner en conditions réelles. Juste en passant, un truc qui me démange : comment ils se sont démerdés pour reproduire les plans à l'identique ? Les Américains ont peut-être chourave le permis de construire de Ben Laden au cadastre d'Islamabad, admettons ! Ils ont certainement construit la maison d'après les plans d'architecte. Mais comment ils ont fait pour connaître avec précision l'intérieur de la maison ? Moi, j'suis que Marcel Chauve, un insignifiant, mais je me dis que si j'avais été l'ennemi public numéro 1 des trois quarts de la planète, j'aurais eu à coeur de casser ici un mur non-porteur, là creuser un tunnel pour me barrer en cas d'embrouille, et tsétéra. En d'autres mots, tout changer à l'intérieur pour optimiser ma sécurité face à d'éventuels assaillants. Mais Oussama non. Pour un mec traqué, un parano sans cesse sur le qui-vive, chais pas vous mais moi, je l'trouve un peu décontracté du gland. Bon bref, passons.

Les tueurs d'élite s'entraînent, ils sont prêts, ils embarquent dans les deux hélicos, ils s'approchent d'Abbottabad. Là, on sait pas trop comment, mais il y a un des deux hélicos qui se mange le mur de la propriété. Et bizarrement, pas de mort, pas de blessé, pas une explication, pas même un silence gêné. Personne s'embarrase de détail sur les circonstances de ce crash, et les journalistes viennent pas gratter non plus. En plus, l'hélico crashé n'est pas un modèle connu, personne s'en étonne.  Dernière question de bibi sur le thème : s'ils sont venus à deux hélicos, c'est qu'il y avait besoin de deux hélicos pour transporter sur site tout c'qu'il y avait à transporter. Dites donc, il devait être drôlement volumineux, l'aut' hélico, pour accueillir tout ce beau monde, et la charogne de Ben Laden en plus. Allez savoir, c'était p'têt un Airbus A380...

Mais attendez, on n'y est pas encore ! Revenons au commando qui débarque et nettoie la place. Il est vrai que des hélicos qui arrivent dans la cour, dont un qui s'écrase, ça fait pratiquement pas de bruit ! Ben Laden n'a pas dû capter qu'il s'agissait d'un assaut militaire, c'est p'têt pour ça qu'au lieu de se réfugier dans une cachette, il a été complètement pris de court. Les Amerloques étaient dans sa bicoque, et lui, tout c'qu'il a trouvé d'intelligent à faire, c'est de se servir de sa femme comme d'un bouclier humain.

Ah le lâche ! On l'savait, que c'était rien qu'une merde ! Le mec, il a osé déclarer la guerre à l'Occident, il a rentré deux Boeing dans le World Trade Center, et un autre dans le Pentagone, pendant dix ans il a fait des doigts aux puissants de ce monde, et dès qu'il sent son heure arriver, il se cache derrière sa gonzesse. D'ailleurs, c'était trop bien pensé, vu que c'était évident que ça empêcherait sûrement les Américains de tirer.

Vous imaginez pas comme ça peut m'énerver, cette manie de tout maquiller en film avec Bruce Willis, où les gentils sont des héros sans faille, et les méchants sont moches, puent de la gueule et sont en plus des couilles molles. A quoi ça sert de lâcher une version ridicule de manichéisme, si le lendemain on revient en arrière : "non, en fait, c'était sa femme qui s'est interposée de sa propre initiative", et puis le surlendemain "mais en fait on l'a pas tirée comme un lapin, elle a juste été blessée à la jambe". Ben tiens, compte dessus et bois du lait de chamelle. Soyons sérieux deux minutes : vu l'enjeu, qui pourrait douter qu'au moment de l'assaut, tout ce qui a eu le malheur de bouger a reçu du 9mm en abondance ?

Il paraît que la smala était là pendant l'opération. Mais ils ont tué que Ben Laden et trois ou quatre gardes du corps. Les autres personnes, dont des femmes et des enfants, au nombre de dix-sept, ont été épargnés. Les autorités pakistanaises les auraient pris en charge. C'est marrant, alors qu'on a des photos des tués (sauf Ben Laden), des photos des chambres, des détails sur la déco (qui craignait, selon mes goûts), pas la moindre image, même floutée, du moindre pitchoune présent dans la maison au moment des faits, et aucune image de femme non plus. Pourtant dans le coin, ça s'rait pas trop prise de tête de montrer quelque chose sans rien montrer. Une ch'tite burqa, et le tour est joué !... Ben non, même pas ça. Alors c'est p'têt abusé, mais je paie mes impôts et la redevance télé, alors j'ai le droit de poser la question: pourquoi q'les dix-sept ont complètement disparu d'la circulation ?

Je parlais des photos des macchabées et du bordel ambiant dans la maison, après la sauterie organisée par la CIA. A ce propos, z'avez rien remarqué, du style un truc chelou de chez chelou ? Ben... non, vraiment rien ?... Les tués baignent dans leur sang. Jusque là, c'est un peu logique, personne n'a prétendu qu'ils avaient succombé à une rupture d'anévrisme. Mais si vous comparez l'endroit où gisent ces cadavres aux photos des pièces vides mais mouchetées de sang, vous constatez qu'il ne s'agit pas du même endroit. Ce qui en soi est également logique. Les soldats ont dégommé de simples gardes du corps, ils les ont laissés là où ils sont tombés. Bon. Alors ça signifie que les taches de sang dans les chambres vides appartiennent à quelqu'un d'autre. Selon la version américaine, à part les cerbères photographiés, il y avait qui d'autre de dégommé ?... Selon la version américaine, il y avait qu'une autre personne : Oussama !

Donc le sang sur les photos des chambres vides était celui de Ben Laden. Très bien. Alors quelqu'un pourrait m'expliquer comment notre copain a pu se faire exécuter dans plusieurs pièces différentes ? De deux choses l'une :

1) les Américains ont photographié les bodyguards à l'endroit où ils sont morts, ont déplacé les corps et ont pris des clichés-souvenirs des pièces débarrassés des cadavres. Je vois pas trop l'intérêt, personnellement. Mais j'ai p'têt mauvais esprit : allez savoir si les Américains n'ont pas déplacé les corps de leurs victimes pour les tourner tête vers la Mecque. Et après ils ont peut-être improvisé une petite cérémonie dans le plus strict respect de la liturgie islamique, avec un imam et tout et tout. Et après la marmotte emballe le chocolat...

2) Il n'y a pas eu que quatre morts. Les Américains ont tiré sur absolument tout ce qui bougeait. Hommes, femmes, enfants. Pas parce qu'ils avaient reçu l'ordre de tuer des innocents. Parce que le succès de ce genre d'opération implique ce genre de dommages collatéraux.

Toute l'opération a duré quarante minutes. Pendant lesquelles les Américains sont arrivés avec deux hélicos, en ont crashé un, ont évacué l'épave, ont redéfini leur stratégie d'attaque, sont entrés dans la grande maison, ont tué Ben Laden et ses gardes, se sont assurés que tous les autres occupants ne représentaient aucun danger, ont pris des photos des pièces, ont fouillé toute la maison (en pleine nuit) à la recherche de documents précieux pour la lutte anti-terroriste, en ont trouvé un gros paquet ("l'équivalent d'une petite bibliothèque universitaire", dixit la Maison Blanche), ont tout chargé dans l'hélico qui leur restait, y compris  le cadavre du chef d'Al Qaïda, et ont quitté les lieux. Tout ça en quarante minutes, à deux pas des services secrets et de l'armée pakistanais, sans que ceux-ci aient eu le temps de faire 'ouf'. 'Sont forts, ces Américains...

 

Désolé, j' suis pas journaliste. J'suis que Marcel Chauve : un con-spirationniste, un con-plotiste, un con-stipé du ciboulot, bref un type pas très malin. C'est p'têt pour ça que je ne peux pas m'empêcher de penser que ça sent l'enfumage à deux balles (dans la tête). C'est p'têt pour ça aussi que je me demande dans quelle mesure l'hélico écrasé n'a pas un lien direct avec la proximité des militaires pakistanais dans le quartier. Et aussi un lien avec la tension qu'il y a en ce moment entre le Pakistan et les USA.  C'est p'têt pour ça que je ne peux pas croire que les Américains ont eu le temps, et même qu'ils l'ont pris, pour improviser une perquisition dans la case de l'oncle Ben. C'est sûrement pour ça que la version des dix-sept innocents épargnés par la CIA, on me la fera pas avaler comme ça. Que le coup du bouclier humain - volontaire ou pas - non plus. Je mettrais ma main au feu que les infos dont on nous abreuve en ce moment ne proviennent pas toutes de l'opération militaire qui a permis de flinguer Oussama.

Dans la foulée, je rigole quand j'entends la Maison Blanche prétendre que l'armée américaine a veillé à respecter le rite islamique (pour pas heurter les Muslims) lorsqu'elle a balancé à la baille Ben Laden. 'Serait'y possib' de savoir quoi que les Yankees ont organisé exactement pour les funérailles de leur ennemi mortel ?...

Si y'en a un qui comprend pourquoi les Américains mettent un tel soin à raconter des histoires qui tiennent pas debout, qu'il se manifeste et qu'il nous explique. Moi, j'aurais bien une ch'tite théorie mais elle vaut c'qu'elle vaut. Au niveau des grands enjeux politico-militaro-industrialo-économico-etzétéro, il y a des réalités à plusieurs étages. Un évènement en cache un autre, qui lui-même en cache plein d'autres. Alors amuser la foule avec des historiettes, y insérer plein d'incohérences pour que tout le monde se prenne la teuté sur des conneries insignifiantes, c'est p'têt tout simplement une diversion : on allume un gros feu à gauche pour pas attirer l'attention des journaleux sur ce qui s'passe à droite.

D'ailleurs, j'y pense, à titre d'exemp', quelqu'un pourrait nous rappeler ce qui s'est passé dans le monde le 2 mai 2011, à part la mort de Ben Laden ? Il a bien dû se passer des trucs, je suppose.

 

Portrait de Franz Bonhomm

Marcel, tu en as parlé avant les journalistes !

TIens, lis ça !

Ça t'apportera peut-être quelques réponses. Mais j'en doute... Je pencherais plutôt pour de nouvelles questions.