La vie humaine est une variable dans une équation mathématique

WallStreet Birkenau

Le document video que je vous propose est un peu long. En outre, il n'est pas très récent : il a été diffusé au début de cette année, et fait référence au Food Bubble - Bulle (spéculative) Alimentaire - qui a marqué les années 2008 et 2009. Néanmoins, je vous invite à le visionner jusqu'au bout, car il est représentatif d'un état d'esprit qui reste d'une criante d'actualité.

Frederick Kaufman, rédacteur au Harper's Magazine, nous explique concrètement la définition de la vie humaine par une des plus grandes banques d'investissement mondiales - Goldman Sachs. Cette banque fut la première à avoir "découvert" en 2008 un nouveau filon : acquérir des promesses d'achat sur le blé et autres produits agricoles vitaux (c'est-à-dire presque sans bourse délier avant l'achat effectif) dans le seul but de faire artificiellement monter le cours de ces produits et engranger des milliards de dollars de bénéfices, uniquement sur le différentiel entre le prix naturel résultant de la disponibilité de ces produits et celui qu'ils ont virtuellement créé.

Cette pratique s'émancipe du libéralisme économique dont elle se réclame, pour rejoindre les rivages d'une autre idéologie. Communément connue sous le nom de nazisme.

Le diagnostic

Bien entendu, dans sa dimension historique, le nazisme s'appuie sur le postulat de l'inégalité des races et la suprématie de la race aryenne. Ni Goldman Sachs ni les autres grands fonds d'investissement ne se revendiquent de cette conviction. Au-delà même de cet aspect, l'idéologie des marchés financiers se définit en théorie à l'extrême opposé du nazisme. Mais de la théorie à la pratique, il y a souvent un monde d'écart, autant que de la coupe aux lèvres.

Comment appelle-t-on une entité constituée de quelques personnes imposant à tout le monde leur volonté souveraine, dictée par leurs seuls intérêts personnels ? Réponse: une dictature oligarchique. Comment appelle-t-on une dictature qui ambitionne de s'approprier toute la richesse du monde, en rémunérant correctement ceux qui lui font inconditionnellement allégeance, prêts à toute exaction pour la servir ? Comment appelle-t-on une dictature qui est prête à sacrifier la sécurité personnelle de millions et milliards d'êtres humains pour augmenter son pouvoir ? Comment appelle-t-on une dictature qui n'hésite pas à prendre en otage et réduire à l'esclavage de la faim les plus vulnérables des vies humaines, juste pour servir encore un peu plus ses intérêts ? L'exemple le plus récent que nous donne l'Histoire est l'Allemagne de la période 1933-1945...

La médication : prévenir plutôt que guérir

Dénoncer les dérives financières sans évoquer une solution concrète n'est pas encore politiquement correct, mais c'est un peu facile, j'en conviens. Je n'ai rien d'original à proposer. L'Histoire nous apprend non seulement les erreurs du passé mais également comment elles auraient pu être évitées...

L'épanouissement du nazisme a été favorisé par bien des maladresses, erreurs de jugement et opportunismes de la part de l'élite des pays vainqueurs de la Première Guerre Mondiale (dont la Grande-Bretagne et la France). Mais la puissance du IIIème Reich n'aurait pu provoquer l'horreur que l'on sait si les autres peuples européens avaient eu le clairvoyant courage de mettre le hola à temps, avant que le conflit mondial ne soit inévitable. Dans les années trente, le courant pacifiste en Europe - inspiré par les traumatismes de la guerre 14-18 - s'est fortement opposé aux rares voix qui se sont élevées pour réclamer une réponse musclée à la montée du nazisme. Bien que peu tentés par les thèses nazies, les pacifistes ne voulaient plus risquer la moindre guerre. Par leur tiédeur, ils ont contribué à conforter le régime hitlérien dans le sentiment d'impunité, quelles que soient leurs exactions et leur bellicosité. Un régime qui a continué de cette manière de gagner en puissance. Pour étouffer dans l'oeuf la montée du nazisme, il aurait été préférable de changer certaines lois, permettre des actions interventionnistes en Allemagne, non exemptes de risques. Une mini-guerre était le principal risque. A l'époque, cette alternative avait été jugée comme irresponsable. Au contraire, ce qui avait été identifié comme raisonnable dans la deuxième moitié des années 1930, c'était d'éviter à tout prix la mini-guerre, attendre et observer.

Changer les règles de la liberté ou l'enterrer

Retour à 2011. Les peuples ayant le privilège de pouvoir choisir leurs élus peuvent plébisciter en priorité les candidats de tous bords qui affichent ouvertement leur hostilité aux lois permettant un libéralisme financier débridé. Si ceux-ci, une fois élus, mettent en pratique leur programme, cela passera inévitablement par une période de crise et de difficultés économiques, car les marchés financiers ne manqueront pas de mettre des bâtons dans les roues des nations qui expriment la volonté d'interdire leurs pratiques.

Nos démocraties peuvent également ignorer ces candidats anti-spéculation et donner leurs voix aux commandants du camp dont l'enseigne affiche "Geld macht frei". Autrement dit, ils peuvent choisir l'option raisonnable...

 

Portrait de Un âne à Nîmes

C'est bien qu'est-ce que j'dis... ¡ Revolución !

Aux fourches citoyens ! Aux haches, aux bâtons et aux opinels !