L'autre jour, j'avais rendez-vous avec

Mon conseiller du Crédit Rituel

— Ce serait pourquoi ?, qu'il me fait.
— Ben, comme d'hab M'sieu Delaggio... Un petit FMD de derrière les fagots, ça serait pas de refus...
— Un FMD ?! Aujourd'hui ?...Mais je ne peux pas !
— Mais si, vous pouvez. Tous les mois depuis presqu'un an, vous pouvez. Quoi que n'y a sur votre petit ordinateur qui bloque ?
— N'y a qui bloque qu'une petite chose, mais bien contrariante : un crédit "Fin de Mois Difficile" ne peut être contracté avant le 20 du mois. Et là, le hasard fait qu'on est le 11.
— C'est vrai, ça. C'est con ce qui m'arrive. Mais j'y pense tout à coup : faites-moi un petit DMD alors. Ce sera la première fois. A prix d'ami hein !, vous serez gentil : c'est pour essayer.
— Oui, mais là non. Je pourrai pas non plus.
— V'là aut'chose ! Et pourquoi siouplé ?!
— Un DMD ne peut être accordé après le 10 du mois. Désolé.
— Vous le faites exprès ou quoi ? Y'a anguille sous roche. C'est Merkel qui a racheté la boîte, et maintenant c'est chacun pour sa face ? Ou quoi ou qu'est-ce ?
— Non, absolument pas. Croyez bien que ce serait avec plaisir, surtout aux taux délirants où on vous accorde ce genre de crédit ! Mais c'est une règle qui vient d'en haut. On peut pas parce qu'ils veulent pas.
"ILS" ?!... Ah les salauds ! Me v'là beau !
— C'est dommage que vous ne soyez pas venu hier. Je vous aurais concocté un petit 750€ à du 23%, j'vous dis que ça !
— Bon ben tant pis. C'est mort, c'est mort. Je ne pourrai vous rembourser qu'une moitié du FMD du mois passé, vous attendrez pour le solde, le mois prochain au plus tôt. Et je vous dis pas quand je pourrai payer les intérêts. Ce sera la surprise.
— Ah non, monsieur ! Il faut rembourser le mois passé, sinon on pourra plus rien vous prêter.
— Je veux bien, mais là c'est vous qui refusez le prêt qui me permettra de vous rembourser. A un moment ou un autre, il faut être cohérent. A titre perso, je n'ai pas de préférence : c'est vous qui voyez.
— Ne nous crispons pas. Je suis sûr qu'il y a une solution.
— Ça dépend surtout de vous, M'sieu Delaggio. Quant à moi, je ne demande qu'à me réjouir de votre bonne volonté.
— Faites-moi confiance... Voyons voir... (tapoti tapota sur son petit clavier)... Mmmmh... oui, je peux.
— Eh bé voilà !, à la bonne heure ! Allez, faites péter !
— Il s'agirait d'un produit qui n'existe pas en tant que tel, mais en sélectionnant une partie de deux autres produits financiers, et en les combinant partiellement à une nouvelle offre que nous proposons depuis peu à nos meilleurs clients...
— Bon ben ça va ! Accouche, qu'on baptise !
— D'accord : en gros, c'est une espèce de crédit extra-revolving qui ferait le lien entre ...
— C'est bon, je prends. Combien ?
— Malheureusement, c'est là qu'il y a un hic : les intérêts seraient de 45% TAEG.
— Non mais ça je m'en fous. Le prêt est de combien ?
— On partirait sur un petit 1500€.
— Quoi ?!, 45% sur une lamelle et demie ? C'est tout simplement inacceptable, Delaggio !
— Mais vous proposeriez quoi alors ?
— Disons : 2500.
— C'est possible aussi. Mais les intérêts monteraient à 51%.
— Ne soyez pas mesquin, Delaggio. On va pas s'emmerder avec des chiffres à la con, alors que 50%, c'est propre, c'est chrétien, c'est français. On peut même faire le calcul de tête. Et franchement entre nous, c'est pas un malheureux pourcent qui va vous enlever le pain de la bouche.
— C'est vrai, on se gave déjà grave à 50... OK, c'est accordé.
— Vous voyez que vous pouvez quand vous voulez.
— La déontologie m'impose cependant de vous avertir, comme tous les mois, qu'un crédit-vous-engage-et-doit-être-remboursé. Vous êtes sûr que ça ira ? Vous avez trouvé du boulot ?
— Ne soyez pas stupide Delaggio. On est en 2012. Vous avez déjà entendu parler de quelqu'un du Pôle Chômage qui aurait trouvé du taf ?
— Excusez-moi monsieur, je posais la question comme ça. C'est juste une règle interne au Crédit Rituel.
— Et quoi ?!, vous allez refuser un taux à 50% sous prétexte que j'ai deux fois plus de sorties que de rentrées d'argent ?
— Evidemment que non, quelle question ! Allumer à 50%, ce serait péché que de le refuser... Tenez, signez là s'il vous plaît.
— Voilà...
— Merci monsieur.
— Avec plaisir Delaggio. Mais je suis quand même curieux de savoir... Ça vous inquiète pas plus que ça, que j'emprunte juste pour payer les intérêts ?
— Si, un peu. Toutefois, je suppose que la maison sait ce qu'elle fait. C'est elle qui a fourni le logiciel, qui accepte les financements ou les refuse. Vous n'êtes pas le seul dans ce cas, vous savez. Loin de là.
— Ouais, c'est une façon de voir les choses. Je me rappelle plus qui a dit : "Si je dois cent mille euros à ma banque, et que je peux pas les payer, je suis dans la merde. Si je dois cent millions d'euros à ma banque, et que je peux pas les payer, c'est ma banque qui est dans la merde".
— Ce n'est pas faux. Mais vous ne devez que cent mille euros, monsieur.
— C'est vrai Delaggio. Mais on est des millions dans ce cas !