Hey pssst, je crois que j'ai une idée pour

Sortir la France du caca

Allez, c'est mon jour de bonté : et l'Europe par la même occasion !

C'est venu comme ça. J'étais en train de lire un truc sur le net, tranquille dans mon coin, pas du tout occupé à sauver ni l'Europe ni la France ni rien, et tout à coup !... le trait de génie !, la pépite qui apparaît alors qu'on s'y attend le moins. Je suis comme ça, moi. Très con la plupart du temps et soudain un éclair dans la nuit, une fulgurance.

Je disais donc, je lisais un article sur Internet. Ça disait que voir à la télé des gens se faire tuer, ça réveille chez nous une espèce de peur viscérale de la mort. D'après des études de scientifiques que ça travaille sévère, le fait qu'on ne risque plus sa peau, comme avant, pour un oui pour un non, juste parce qu'on doit traverser la forêt pour rentrer à la caverne, ça n'y change rien. Un gars se fait fumer bien comme il faut devant nos yeux, même si c'est sur un écran de télévision, même si c'est un série policière à deux balles, peu importe : inconsciemment, on chope un sale coup de flip, Et ça le fait à chaque fois, à ce qu'il paraît !

Honnêtement, je vous le dis comme je le pense : je nous pensais pas comme ça. On est vraiment une bande de mauviettes, des choqués de la vie. Nous me décevons.

Et justement, comme on n'est que des merdes, il nous faut absolument calmer nos angoisses inconscientes. Hélas, trois fois hélas, on n'a plus le droit de se passer les nerfs sur un chat noir ou la première sorcière rouquine qui traverse la rue (ah le bon vieux temps !).  Il faut qu'on trouve autre chose - pas trop illégal - pour retrouver l'estime de soi...

Mais on est cons !, bien sûr, comment n'y a-t-on pas pensé plus tôt ?!... Dans notre culture, pour booster l'image qu'on a de nous, il faut qu'on s'approprie des trucs. Acheter, dépenser, lâcher les biftons... Aaah, frères et soeurs du samedi matin, qu'il est bon de se sentir vivre !

Tout seul, je le reconnais, j'aurais pas trouvé la relation entre consumérisme et peur de la mort juste parce qu'on a maté un Tarantino à la télé hier soir. Mais je fais confiance aux experts. Ils ont fait des études, quand même. Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à lire l'article "La mort à la télé donne envie d'acheter". Si vous êtes du genre à la fois motivé et pas la moitié d'un con, vous pouvez aussi vous attaquer à "La théorie du management de la terreur existentielle". Je vous le dis tout de suite: le deuxième texte, perso j'ai bien compris certains mots, mais chacun indépendamment des autres. Quand j'essayais de les coller ensemble pour laisser surgir une idée, c'était moins évident.

Avec tout ça, j'allais oublier de vous exposer mon idée... On est tous d'accord que :

1. Les tueries et carnages font flipper tout le monde, même les gros tatoués.
2. Nous ne pouvons pas rester comme ça, inconsciemment terrifiés.
3. Il n'y a plus qu'un seul moyen dans nos sociétés modernes pour dé-stresser notre race : faire du shopping.
4. On est une grande nation de cinéma (en tout cas c'est notre ambition).
5. On est une grande nation de journalisme. (ou au moins on aurait pu l'être)

Bon. Alors voilà !... Pourquoi qu'on se spécialiserait pas dans les films et séries TV où ça canarde à tout bout de champ ? Mettons qu'on ferait 90% de fictions où il y aurait un minimum syndical d'un mort (avec une aide de l'Etat, progressive en fonction du nombre d'innocents qui, tout au long de l'histoire, y passent après avoir bien dégusté).

A côté de ça, il faudrait qu'on saupoudre les fictions avec des images réelles, montrant de vrais bonshommes qui meurent vraiment dans une vraie flaque de sang. Tenez, par exemple, on pourrait blinder les actus avec des images montrant en boucle la violence du monde. Des crimes crapuleux, des guerres, des maladies incurables, des émeutes qui tournent mal. Idéalement, il faudrait que là aussi, il y ait au moins 90% d'images montrant explicitement ou implicitement la mort, la souffrance, le désespoir, l'impasse, le deuil et l'absence. Là aussi, l'Etat pourrait aider, en finançant des chaînes de radio-télé-diffusion publiques.

Et c'est là qu'intervient mon idée géniale ! Tenez-vous bien : à intervalles réguliers, on ferait une parenthèse dans la série d'images où la violence et la mort dégueuleraient par tous les trous, on les entrecouperait par des... pubs !

Non mais attendez !, imaginez le truc ! : Une demi-heure de sang et de mort, ensuite hop ! : quelques clips vantant le rapport qualité-prix chez Auchan. La vie, la vraie. (notez au passage la subtilité du message subliminal tirant le consommateur vers l'énergie de vie). Et après, badaboum !, ça repart dans une orgie de gore, et ainsi de suite. A la fin du film ou du JT, le message ne peut qu'être passé. "Eh connaud, tu viens d'être témoin d'une situation où un pauvre gars s'est fait arracher la glotte avec une pince-monseigneur. Dis-moi pas que tu vas rester là comme un benêt, alors que t'as un hypermarché à deux pas de chez toi".

Avec l'aide de l'Etat, et pourquoi pas de l'Europe, on pourrait investir massivement dans la création cinématographique, télévisuelle, multimedia, on pourrait créer des jeux hyper-violents. Et pourquoi pas envoyer plus de journalistes sur les coups fumants ? : les meurtres, les attentats, les catastrophes, les guerres. En plus, on est une puissance militaire avec des armes balèzes, au besoin ils pourraient donner un coup de main aussi, merde. Il nous faut du rouge. Une soupe de tomates m.o.n.d.i.a.l.e.

D'abord relancer la consommation. ZE politique de croissance derrière laquelle tout le monde court en Europe. Si ça ne relance pas l'économie, faudra m'expliquer. Sans compter que...

Attendez... y'a bobonne qui me crie quelque chose...

"Quoi, qu'est-ce qu'y a ?!... Oui, j'arrive...."

Excusez-moi, on m'appelle à table. Je disais donc qu'on pourrait même fabriquer des fictions dont la violence serait spécifiquement compatible avec certains produits made in France. Une violence française pour des produits français ! S'il nous regarde, je salue le Général, paix à son âme. Par exemple, prenons un Munster bourru ou un vieux Maroilles, qu'à chaque fois que tu le renifles, tu risques une rupture d'anévrisme...

Rhaaahh... "Quoi Germaine, qu'est-ce-tu veux encore ?!... Gné?... Non mais je sais pas si tu réalises mais je suis peut-être en train de jeter les bases de l'économie du 21ème siècle, une architecture intellectuelle subtile et redoutablement pragmatique qui fera rayonner la France au moins jusqu'au millénaire suivant... alors imagine ce que j'en ai à foutre, que la purée va refroidir !"...

Ah la la, tant de petits esprits qui m'entourent et tentent de me tirer vers le bas... Revenons sur le Maroilles, dont la pub arriverait juste après un reportage choc sur les doléances exprimées envers Bachar el-Assad par son peuple, et surtout vice-versa.

La scène : des images mal cadrées, des mouvements de caméra incohérents, montrant la panique. En fond sonore on entend des crépitements d'armes automatiques. On devine la rue qui se vide et la peur des balles perdues. Et puis soudain, on s'arrête sur le corps, au loin, d'un homme allongé au milieu de la rue, et on comprend qu'il vient de retrouver par hasard une de ces balles perdues. La voix off du journaliste explique qu'il s'agit d'un berger des collines environnantes. Son maigre troupeau de vaches avait été gratuitement décimé la veille par les soldats restés fidèles au régime. On ne sait pas trop comment le journaliste a pu reconstituer tout le parcours de vie du mec qui s'est fait dégommer. De toute façon, personne ne peut vérifier l'info. Et entre vous et moi, il faut bien reconnaître qu'on s'en fout si l'info est vraie ou pas. Le scénario du berger allongé sur le bitume et de ses vaches allongées dans le champ un peu plus loin nous va très bien. Et c'est là que surgit la pub pour le Maroilles, comme une bouffée d'air - presque - frais !

Je ne vous fais pas l'insulte de vous expliquer le message subliminal... énergie de mort, énergie de vie, thèse anti-thèse foutaise... vous voyez très bien ce que je veux dire. Subtil, élégant, efficace...

Je n'ai peur que d'une seule chose : que quelqu'un ait trouvé l'idée avant moi et la mette en pratique avant que je n'aie pu la proposer à mon pays. Tiens, je vais aller m'acheter un t-shirt pour me rassurer.

 

Portrait de Franz Bonhomm

Je ne voudrais pas briser ton rêve...

... mais j'ai bien peur que les Etats-Unis soient sur le coup, depuis un bon bout de temps déjà.

 

N'aie pas peur bonhomme

Va t'acheter un truc, toi aussi.