Tonton Bouboule

 

Peut-être en avez-vous entendu parler : ceux qui le côtoient lui donnent du "Monsieur", l'échine courbée, en espérant attirer ses faveurs. Ceux qui ne l'aiment pas l'appellent Tonton Bouboule.

Il importe peu de savoir à quelle catégorie j'appartiens. Laissez-moi simplement vous conter l'histoire de Tonton Bouboule...

Tout petit déjà, il avait un appétit d'ogre. Comme il avait la chance de posséder un beau et grand jardin, où poussaient fruits et légumes en abondance, il passait ses journées à cueillir ce qu'il allait manger, et manger ce qu'il avait cueilli. Avec de tels apports énergétiques, il grandissait très vite. En un rien de temps il devint un grand beau jeune homme : il était pratiquement un géant.

L'homme ne pouvant grandir à l'infini, il finit donc par arrêter de pousser. Cela n'arrêta pas son appétit pour autant, bien au contraire. Parce que son jardin risquait de ne plus suffire à sa consommation, il acheta certains jardins voisins, en loua d'autres et même vola des terres à des plus faibles que lui. Pour éviter la pénurie, il démarra des élevages d'animaux et améliora ses méthodes de culture pour optimiser le rendement de ce qui était devenu une énorme ferme. A coups de molécules, il réduisit à néant tout nuisible pouvant entamer les récoltes. A coups de médicaments, il protégea ses troupeaux de toute épidémie.

Les récoltes étaient de plus en plus impressionnantes, les fruits et légumes débordaient des greniers, la viande remplissait d'énormes chambres froides. Son appétit suivit le mouvement : il mangea encore plus, matin midi et soir, ainsi qu'entre les repas. Comme il avait atteint sa limite en hauteur, son corps commença à se développer horizontalement.

La graisse prenait peu à peu la place des muscles, des nerfs, du coeur, du cerveau. Progressivement, du terrain il migra vers l'intérieur de sa belle maison. Lorsque le canapé se révéla trop étroit pour son corps difforme, il s'installa dans son lit. Et finalement n'en sortit plus. Parmi ses employés, quelques âmes bienveillantes tentèrent de le mettre en garde contre les dangers inhérents au surpoids, mais Tonton Bouboule ignora superbement ces imbéciles inquiets. Au contraire, ça le mit en appétit, et augmenta encore les quantités de nourriture.

Des années plus tard, lorsque quelques ouvriers vinrent lui annoner qu'il y avait un gros problème sur le domaine, Tonton Bouboule ne pouvait même plus tenir la position assise. Allongé de toute sa masse sur son lit, affalé dans sa graisse, il fronça les sourcils et, le souffle court, demanda des précisions. Les ouvriers s'exécutèrent :

"Monsieur, si vous continuez l'exploitation de la ferme à ce rythme-là et dans ces conditions, et si vous persistez à consommer tout ce que nous produisons, vous risquez de mourir d'une indigestion, et nous de famine. Car le domaine, aussi grand soit-il, ne suffit plus à satisfaire vos besoins".

"Ce n'est pas grave. J'achéterai, louerai ou volerai d'autres terres", répondit Tonton Bouboule.

"Vous ne le pouvez pas, Monsieur. Tout ce qui pu être acheté, loué ou volé a déjà été acheté, loué ou volé. Toutes les terres pouvant être exploitées sont travaillées. Vous ne pouvez plus vous agrandir, vous ne pouvez plus croître, vous ne pouvez plus vous épaissir".

"Ce n'est pas grave. Améliorez les pesticides, fertiligènes et anabolisants pour bétail, pour augmenter la production", fit alors Tonton Bouboule.

"Sur votre ordre, nous l'avons déjà fait Monsieur. Tous les produits chimiques ont été à ce point améliorés qu'ils sont à la frontière du poison".

Tonton Bouboule observa alors un long silence. Essoufflé par l'effort de respirer, il finit par donner son verdict :

"Ce n'est pas grave. Privilégiez le rendement, quitte à surdoser les produits chimiques". Il rota pour décoincer quelques neurones, et il ajouta :

"Je vous interdis de me dire ce qui est bon ou mauvais pour ma santé ou pour la vôtre. Je suis le mieux placé pour en juger. Je vous ordonne donc de faire croître la production par tous les moyens".

 

<Wa le beau compte de fée !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Les gaucho vont adoré !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!