Youpi ! Je fête moi aussi le VRAI travail

Celui que je recherche, par exemple

Je ne vais pas vous pleurer dessus, rassurez-vous. D'autant plus que je le reconnais bien volontiers: je préfère être demandeur d'emploi en France, plutôt qu'au Ghana ou aux Etats-Unis.

Je ne vais pas vous infliger non plus la liste exhaustive de mes efforts pour toucher à nouveau un salaire plutôt qu'une indemnité. C'est mon quotidien et il ne regarde que moi. C'est juste que...

Il y a cinq ans, Sarko était aussi au deuxième tour. Même si en mon for intérieur j'avais autant envie de choisir ce type que de me taillader les veines avec une tronçonneuse thermique, je reconnais que son grand slogan me plaisait : "Travailler plus pour gagner plus". Il faut dire que j'aime bien bosser, j'aime prendre en charge des problèmes et me débrouiller pour les transformer en solutions. Alors si mon goût pour le taf avait pu se tranformer en monnaie sonnante et trébuchante...

Cinq ans plus tard, j'aime toujours autant bosser, mais je n'ai plus de boulot. Pas parce que je ne travaillais pas assez : le DRH l'a bien reconnu, il m'a licencié avec à l'esprit le sentiment "d'une profonde injustice". Non non. Je me suis fait lourder parce que j'étais trop cher. En Inde et en Turquie, il paraît qu'ils pratiquent des salaires plus décents.

Ce qui m'est arrivé n'a rien d'exceptionnel en Europe. On est trop chers, Messieurs-Dames ! On se gave depuis trop longtemps, on choque l'humanité entière avec nos acquis sociaux. Il est temps que ça change.

D'ailleurs, c'est le slogan de Hollande: "Le changement c'est maintenant". Mais en vérité c'est Sarkozy qui devrait se l'approprier. Car je ne doute pas un seul instant que s'il est réélu, ça va tourbillonner sévère dans notre vie. Je subodore, à l'aune de ses derniers arguments électoraux, une énorme rupture, mais enrobée dans une certaine continuité. A la Sarkosaque... De "Travailler plus pour gagner plus", on passera vite à "Travailler pour gagner plus" (spéciale dédicace aux millions d'assistés comme moi, qui foutent rien de leurs journées, à part envoyer des CV et palper des sommes folles pour ça), ensuite "Travailler VRAIMENT pour gagner vraiment" (48 heures par semaine jusqu'à 68 ans, c'est un minimum si on veut rester compétitifs jusqu'à la fin de notre vie). Et enfin "Travailler vraiment et la fermer vraiment. Non mais là, vraiment !" (et hermétiquement siouplé).

Quand j'entends mon ami Sarkozy évoquer le vrai travail, enchaîner les SCUD contre l'assistanat - eh oui !, il évite de prononcer le mot "chômeurs", ça risquerait de faire penser à son bilan - j'ai comme une volée de baffes qui me pousse dans la paume de la main droite. Plus de quatre millions de demandeurs d'emploi dans ce pays, et personne à l'UMP ne se pose la question : et si la raison principale de cette débandade était que personne au pouvoir, en France et en Europe, n'a remis en question la mise en concurrence des peuples sur le marché de l'emploi ?... Quoi ?!, c'est con comme question ?

Aujourd'hui, l'Inde, la Chine, la Turquie, le Maghreb sont moins chers. En Europe, on tente de s'aligner, dans la souffrance. Mais demain, ce sera un autre pays qui proposera une main d'oeuvre encore moins gourmande. Et après-demain, un autre pays encore. Dans la course aux rabais, on trouvera toujours moins cher que nous. Alors pourquoi perdre du temps ? Demandons à nos seigneurs qu'ils nous reprennent sous notre ancien statut de serfs et esclaves. Peut-être ne nous battront-ils pas si on a travaillé comme ils l'ont ordonné.

Mais bon, ce n'est qu'une proposition. Il y a peut-être mieux. Ou moins pire. J'y réfléchirai mais pas tout de suite. Aujourd'hui, comme je vous le disais, je festoie. On est le 1er mai, et c'est la fête du vrai travail.