Petit traité de groupamologie

Cerise, King Kong et le piou-piou indigne

Comme on l’a vu précédemment, du temps des premières pubs Groupama, chaque clip passait comme une gorgée de gros rouge entre deux boulettes de viande, qu’on avale sans faire attention, sans rien remarquer, en l’oubliant instantanément. Et puis en 2008, patatra !, le premier pavé dans la mare, le bout de barbaque coincé entre les dents, la faute de goût ! : l’histoire du père qui apprend que sa fille veut se marier.

Vous en rappelez-vous ? : ça commence avec une espèce de grosse brute avec des avant-bras comme des cuisses de cycliste, et un peu la tête des très mauvais jours de Robert de Niro. Il explose du bois dans le jardin quand sa fille débarque, accompagnée de son petit ami. Celui-ci est plutôt du genre fin de race, un piou-piou chétif craintif, probablement un ex-prématuré jamais nourri au sein. Et puis la couveuse avait certainement dû un peu merder aussi.

« Papa, on va se marier ! »

La tronche que fait le père à ce moment-là a de quoi inspirer le respect au XV des All Blacks, et toute l’équipe des remplaçants. C’est sûr, avec sa hache à la main, y’a personne qui se risquerait à lui faire des simagrées Haka, à lui tirer la langue et lui donner des idées en mimant un égorgement. « Heu… ça n’a pas l’air de te faire plaisir… », se risque à constater sa fille. De notre point de vue de téléspectateurs, le suspense commence à s'amorcer: qui d'elle ou de son gnome va se manger la baffe, et combien de temps il faudra à la police scientifique pour retrouver la mâchoire dans les buissons environnants ? On a déjà une idée assez précise sur la question, et on dirait bien que l'avorton qui fait office de futur gendre aussi...

Comme quoi les préjugés sont tenaces : le père a beau l'air de sortir de la Guerre du Feu, il montre qu'il sait se tenir et contrôler ses pulsions de destruction totale. La preuve : avant d'arracher la tête au jeune cadre anémique, le papa tient à évoquer calmement le funeste destin de sa fille, et tous les clichés y passent autour du thème "ma fille séduite, engrossée et abandonnée", peut-être même battue entre les deux premières phases sus-citées. Bref : tout un laïus qui se termine par un « Qui c’est qui va encore raquer ?, c’est Papa Bûcheron ».

C’est là qu’intervient Cerise, en train de faire de la balançoire dans le jardin, qu’on se demande d'ailleurs ce qu’elle fout là et comment elle a osé pénétrer sur le territoire du Gorille dans la brume. Moi perso, j'ai une ch'tite idée mais je la garde pour moi car je me doute que tout le monde s'en fout de mes supputations sur la personnalité interlope de Cerise quand elle finit sa journée de conseillère en jupe à pois, et qu'elle écume les cafés ouvriers des quartiers Nord, un soir de victoire du club de foot local. Bref...

« C’est moi que j’vais payer », qu’elle dit avec un sourire angélique. Elle, ça veut dire Groupama. Et elle se lance dans une explication sur la compensation des pertes de revenus en cas de coup dur, qu'elle récite avec un sens du naturel qui fera école, quelques années plus tard, auprès de tous les constructeurs de GPS et les créateurs de serveurs vocaux.

Rassuré par la minette, Papa Néanderthal lâche sa hache. C'est bon signe, il se détend. Du coup, le piou-piou aussi. A la fin de l'histoire, il  est accepté et intégré dans la famille ; sa colonne vertébrale finit d'ailleurs sa médiocre existence dans les bras du beau-père débordant d'affection pour son futur-gendre-dont-la future-irresponsabilité-sera-remboursée-par-Groupama-et-ne-coûtera-donc-rien-au-vieux.

Car c'est bien ce message qui nous est transmis, non ? Sa fille chérie, la prunelle de ses yeux, la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles, elle peut gâcher son avenir avec une demi-portion, usée par des couches multiples et trop rapprochées, laissée exsangue en calcium, fer et phosophore après le dernier accouchement qui s'est super-mal passé parce que le bébé s'était présenté par le siège avec les jambes croisées en lotus, femme humiliée, ombre de son ombre se débattant au milieu de sa marmaille pour ne pas que la DDASS lui retire la garde des enfants, à deux doigts de la prostitution, abusée, désabusée, glissant sur la pente de l'alcoolisme, tant elle est désenchantée par l'inconséquence de celui à qui elle avait donné ses plus belles années. Tout ça, c'est un peu contrariant, certes. Mais remettons l'église au milieu du village, ça reste du dégât collatéral, pas vrai ?! En revanche, que ça coûte quelque chose à Papy King Kong, c'est pas qu'il soit près de ses sous mais là vous pouvez d'ores et déjà, et le plus rapidement possible, aller vous faire tirer le portrait. En souvenir.

Bien sûr, on me répondra qu'en trente secondes, on n'a pas le temps de faire dans les nuances subtiles genre clair-obscur, il faut aller à l'essentiel. Ça présente un avantage : au moins on sait ce que Groupama définit comme essentiel dans la vie.

 

T'a rien d'autre a foutre?

Sa sert a quoi de pourrir des pub que personne a vu? Si t'est au chomage, va cherché du boulo aulieu de perdre ton temps.

Portrait de Un âne à Nîmes

J'y penserai...

... en attendant, va te coucher petit. Demain t'as école, et la maîtresse va te gronder si tu somnoles sur ton cahier.