Petit traité de groupamologie

Des p'tits trous, des p'tits trous...

Toujours des p'tits trous

On ne peut l'enlever à Groupama: ses créatifs pubeux ne ratent jamais une occasion de rater une occasion. De s'abstenir. Permettez-moi de vous présenter le clip le plus perfectible de la saga Groupama.

Un gars, ses deux fils et le clebs ont transformé le jardin familial en Verdun 14-18. Six trous qui arrêteraient net toute invasion teutone si d'aventure les casques à pointe se mettaient en tête de souiller à nouveau de leurs pas notre sol sacré.

Mais que cherchent-ils donc dans ce jardin ? Moi, je suis resté un gamin dans ma tête : quand je vois ça, je dégaine tout de suite mes rêves d'enfance... Préparent-ils les fondations de quelque château-fort ? Ou alors fouillent-ils les vestiges d'une civilisation gauloise méconnue qui naguère domina notre continent, jusqu'aux confins de l'Oural ? A moins qu'il ne s'agît d'un trésor qu'un noble corsaire françois jadis dissimula aux viles convoitises de truands à la botte de la perfide Albion.

Non non. A y regarder de plus près, et tout bien pesé, c'est juste un con qui a enterré ses économies dans son jardin et qui se rappelle plus où. Un boulet. La honte de notre nation.

Comment il a pu oublier l'emplacement exact dans un espace de 20 mètres sur 20, ce blaireau ? Il a enterré son bas de laine pendant la nuit et en plein hiver, alors qu'il était aviné au dernier degré et qu'il y avait deux mètres de neige dehors, ou bien ? Je vois d'ici la scène, et ça m'énerve déjà...
"Evidemment que si, je me souviens très bien de l'endroit où j'ai fait le trou, ma chérie ! D'autant plus que le sol était gelé sur un demi-mètre de profondeur et que j'en ai chié ! J'ai même fait un plan, regarde : c'était très exactement 45 cm au sud-sud-est d'un des bonhommes de neige que j'avais fait avec les enfants, janvier 2003, tu te rappelles ?, çui qui avait des yeux faits avec deux grosses pommes vertes. Tu penses bien que j'avais fait exprès de mettre ces pommes vertes, et uniquement à ce bonhomme-là, pour pouvoir m'en servir de référence plus tard. Tu ne peux pas dire que j'ai pas pensé à tout !

Non ma chérie, si tu veux le fond de ma pensée, ce qui est vraiment pas d'bol, c'est qu'il a entièrement fondu au printemps. Et après, rappelle-toi, il y a eu la terrible canicule ! Là, on a joué de malchance ! S'il avait pu rester intact, tu penses bien que j'aurais trouvé du premier coup. Au millimètre près !... Ah la la, quelle guigne alors !".

Je vous l'avais bien dit : un con.

En plus, cela n'a pas pu vous échapper, la profondeur des trous qu'il a faits pour retrouver le pognon ! Quand il sort sa vilaine tête du trou, au début du clip, le niveau du sol lui arrive à la poitrine. J'en déduis qu'il a dû creuser au moins sur 1 mètre 50 de profondeur. Mais Dieu du ciel miséricordieux, pourquoi si profond ? Il est quand même pas parano au point de se méfier des détecteurs de métaux ! Auquel cas, il aurait suffi de convertir la monnaie de ses économies en billets avant de les enterrer, et il arrêtait de s'emmerder en plein hiver avec la dureté du permafrost, à vouloir à tout prix échapper aux détecteurs de métaux.

De toute façon, ça n'a aucune importance puisque le gars creuse pour rien : sa femme avait en fait récupéré les économies et les avait confiées à Cerise, c'est-à-dire à Groupama. Ce qui, sur un plan intellectuel, me pose un problème : reprenons l'histoire depuis le début...

En janvier 2003, le blaireau enterre la caille à côté du bonhomme de neige. Plus tard dans l'année, sa femme déterre les économies, dans le dos de son mari, et les place.

Bon.

Mais pourquoi dans son dos ?!? J'ai retourné la question dans tous les sens, des jours et des jours durant. Je ne vois qu'une seule possibilité : tellement habituée à être mariée à un benêt qui n'a que des initiatives à la con, tellement habituée à devoir chaque jour rectifier le tir, elle a dû oublier de le prévenir qu'elle avait déterré et placé les économies. Il est d'ailleurs très probable que, entre le moment où il avait enterré le pognon et celui où elle l'a récupéré, le blaireau avait eu d'autres idées de son cru, qui avaient dû inspirer autant de contre-actions de la part de sa femme. J'imagine que, au fil des jours depuis leur mise en ménage, tout cela a fini par constituer un gros paquet de n'importe quoi qui partait dans tous les sens. La pauvre femme ne peut pas se rappeler de tout ce qu'elle fait au quotidien pour éviter que son mari ne fasse basculer le foyer familial dans la déchéance.

Voilà pour le traitement du fond de l'histoire. J'aurais aimé finir sur une note positive, en saluant la qualité technique de cette pub. Mais ç'eût été faire l'impasse sur des approximations qui frappent le clip du seau de l'amateurisme. Je vous propose de revoir le clip :

1. Au cours des quatre premières secondes, le père interroge le fils, qui sort la tête d'un autre trou, où il cherche également. Le fiston jette rageusement sa pelle, dépité par l'échec.
2. A la cinquième seconde, le père répond au fils en exprimant rétrospectivement son regret d'avoir enterré les économies dans le jardin. Un plan large nous permet de découvrir que déjà six trous ont été creusés, et qu'un enfant et un chien sont penchés au bord d'un autre trou, au fond du jardin. Et... oh surprise !, dès cette cinquième seconde, l'adolescent bien vénère qui était dans le trou est à présent allongé tranquillement, décontracté du bulbe, à côté de son trou. Tss tss tss, alors messieurs les pubeux, on a dû mal à faire comme les vrais pros qui bossent dans le cinéma, et qui savent soigner leurs raccords ?!?... D'ailleurs, à la 22ème seconde, l'ado, l'enfant et le clébard ont carrément disparu. Hoplà !... Z'avez raison les gars, on va pas s'emmerder avec tous ces détails. Vite le logo Groupama à la suite, et on passe après à la caisse !
3. Toujours sur le thème des raccords, il ne vous a pas échappé que deux types de plans cadrent Papa Blaireau : le plan américain (vue sur tête et poitrine, caméra à hauteur du gars) et le plan large en plongée (vue d'en haut sur tout le jardin). Dans les plans américains, on voit des outils de jardin derrière le père. Outils absents des plans larges en plongée. Tss tss tss...

Evidemment, il se trouvera toujours un esprit chagrin pour remarquer que tout cela n'est pas très grave, que ce n'est qu'une pub. Qu'ailleurs sur le planète, il y a la guerre, la famine, le désespoir. Que ce clip, tout le monde l'avait oublié depuis longtemps, et que personne ne s'en portait plus mal. Qu'il ne méritait pas qu'on y accordât tant d'intérêt.

Ce à quoi je réponds que c'est vrai, mille fois vrai. Un million de fois vrai.
Mais bon...

 

Michel & Michel

Ne m'arrêtant que sur l'aspect technique de la pub, déchiffrée par vos soins, je vous verrais bien postuler dans l'équipe des faux raccords de chez allociné (http://www.allocine.fr/video/faux-raccords/)

Merci !