Petite annonce urgente

Cherche perle rare. Très bonne rémunération

Il y a peu de temps, j'étais à la recherche de personnel. D'un cadre supérieur, très précisément. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas un patron du CAC40, loin de là. Je suis un tout petit employeur, comme tant et tant de Français.

Le poste pour lequel j'embauchais n'était pas facile. La personne dont j'avais besoin devait présenter - au-delà de ses compétences techniques - des qualités qui sont difficilement conciliables, tels la probité, le pragmatisme, l'imagination, la clairvoyance, ou encore la prudence. J'étais bien conscient que je cherchais le trèfle à quatre feuilles. Mais pour dégoter la perle rare, j'offrais un salaire hors normes : cette personne allait gagner bien plus que moi, son propre employeur. Et je ne vous parle des nombreux avantages en nature; j'en ai un peu honte, si je les compare à la moyenne des conditions proposées au salarié ordinaire.

Divers candidats se sont présentés, aucun ne correspondait vraiment. Mais il me fallait quelqu'un : après mûre réflexion, j'ai finalement choisi celui qui me semblait le moins éloigné de mes exigences. J'en parle souvent avec mes homologues, les tout petits patrons : eux aussi ont échoué à trouver leur perle rare, et à défaut de trouver le meilleur des cadres, ils doivent se contenter de payer à prix d'or des experts en fumisterie.

D'ailleurs, avec mes homologues, on a créé une association de petits employeurs. Nous avons mis en place une série d'outils et structures communs pour contrôler la gestion de nos entreprises. Parmi ces structures, il y a un système d'espèces de webcams disséminées partout: le nom technique de ce système est "télévision".

Récemment, avec les collègues, nous regardions nos "cadres-sup'-qui-nous-coûtent-un-bras en train de travailler", à l'Assemblée Nationale. Histoire de voir à quoi on les paie si cher. Grosse déception !...

Ils se chamaillaient comme des gamins. Pendant des heures, ils jouaient à "celui qui aura le dernier bon mot", personne n'écoutant celui d'en face. Aucune invective, aucun argument, aucune question n'aurait pu immiscer le doute dans le camp adverse, ni d'un côté ni de l'autre. Les jeux étaient faits d'avance, comme ils le sont toujours lorsqu'une majorité absolue régit le pouvoir législatif : la majorité décide, la minorité s'incline. C'est comme ça. Les jeux étaient faits, mais les députés continuaient à se bousculer comme à la récré.

Mon opinion est qu'on peut se pourrir un peu entre gauche et droite, pour la forme et le folklore. Mais il faut vite passer à autre chose, en gardant à l'esprit que ces petites empoignades d'egos se font aux frais du contribuable.

Que Copé soit un cumulard professionnel, j'aurais apprécié que ça fasse le buzz avant les élections législatives plutôt qu'après. D'autre part, il y a fort à parier que tout le monde aura oublié l'info au moment des prochaines législatives.

Je regardais donc au journal le sketch entre gauche et droite à propos des heures sup', et ça m'a fait penser à notre fête nationale. Le soir du 14 juillet. J'étais avec des copains sur la terrasse, on voyait au loin le ciel s'illuminer de la belle bleue, la belle blanche, la belle rouge. Et on se faisait la réflexion : "La France craque de partout, ça sent la merde dans tous les coins... et là en quelques minutes, plusieurs dizaines de milliers d'euros sont partis en fumée, rien que dans notre petite ville. Penser que c'est pareil dans chaque commune de cette France en crise, ça fout le cafard".

Les feux d'artifices du 14 juillet, c'est con, mais au moins ce n'est qu'une fois par an. En revanche, j'aimerais bien savoir combien de débats stériles ont lieu à l'Assemblée et au Sénat chaque jour. J'entends par "stérile" ce qui ne peut rien changer à une décision de la majorité parlementaire.

Je vous propose à présent un petit calcul. Connaissez-vous le salaire d'un député ? 7100 € par mois. En fait, il coûte de fait 13.500 € au contribuable, mais on va partir uniquement sur la rémunération de sa fonction de député. Je me suis amusé à compter le nombre de présents sur les images du reportage : il y avait au moins 71 députés. Pour la défiscalisation des heures supplémentaires, les débats ont duré - de source journalistique - 26 heures. Il est difficile de calculer le nombre d'heures qu'un élu consacre à sa fonction de député : comptons large, mettons 200 heures par mois (vu le nombre de cumulards et de cumuls par cumulard, je crois être particulièrement complaisant par rapport à nos chers députés).

Le calcul est le suivant...
7100 : 200 = 35,5 € (minimum de ce que coûte au contribuable une heure prestée par un député).
36,5 x 26 = 949 € (coût du temps perdu par chaque député en débats stériles sur le thème de la défiscalisation des heures sup')
949 x 71 = 67.379 € (coût minimum des débats stériles auxquels ont participé au moins 71 députés)

J'en déduis donc qu'au moins 67.000 euros sont partis en fumée de manière tout à fait publique, et sans que personne ne s'en émeuve, alors qu'on nous parle à longueur de journée de crise gravissime et de rigueur rigorissime. Ce n'est pas pour les 67 k€, je m'en fous (d'autant plus que je ne suis pas seul à les payer pour rien: on paie tous la douloureuse). C'est juste que... bravo pour l'exemple !

Que ce soit clair : je ne trouve pas choquant qu'un député soit payé comme si c'était une perle rare. Je trouve juste débecquetant qu'à ce prix, il se comporte avec la même désinvolture que le plus démotivé des smicards.

Je proteste, je m'indigne, je m'oppose, moi aussi. Et je perds mon temps, moi aussi. Comme les députés que je fustige. Mais la différence, c'est que je ne coûte rien à personne. Je crois que je vais finir par postuler dans quelques années. Comme perle rare.

 

Portrait de Edith Paf

Bonjour Franz,

Je ne suis pas forte en calcul, en revanche,  je constate tout comme vous, les dépenses énormes et sans réel résultat de nos élus.Mais il n'y a pas besoin de savoir compter, en fait, il n'y a qu'à regarder: certains dorment pendant leur travail à l'assemblée et sans vergogne!mais, peut-être suis-je totalement ignorante et qu'ils ont, en fait, une méthode toute particulière de travailler, d'ailleurs, il parait que pour apprendre une langue étrangère, on doit l'écouter la nuit, quand on est dans les bras de Morphée.