J'aimerais bien te prêter des milliards, mais...

Si ça te dérange pas, ne me rembourse pas tout

(Pétage de câble, tout là-haut ?)

Le 9 juillet de cette année, pour la première fois, la France a emprunté des sous à un taux négatif. Tout comme le Doïchland. La clââsse !

Ce jour-là, j'aurais bien poussé sur Rez-de-chaussée un ch'tit cocorico gonflé d'orgueil national. Mais ça s'agençait mal bicose je devais déboucher la baignoire que la grande avait pourrie en se brossant les cheveux sous la douche, et puis il y avait la petite qui devait faire ses ablutions avant le pieutage, et puis je trouvais ni la pompe de débouchage, ni le déboucheur à manivelle que j'étais pourtant sûr d'avoir rangés dans le garage sur la deuxième étagère du haut, celle qui est juste contre la machine à laver, même que ça cogne un peu lorsque le lave-linge arrive au programme d'essorage et qu'elle vibre à fond sa mère. Enfin bref, c'était plutôt le bordel, et en ce 9 juillet de sinistre mémoire, j'ai dû réfréner ma fierté d'appartenir à une grande puissance économique qui dicte sa loi aux marchés financiers.

Et puis, m'étais-je dit, tout le monde fait une mauvaise affaire de temps en temps, pourquoi ça n'arriverait pas aussi aux grands détenteurs de capitaux ? Va savoir, ils avaient peut-être eu une merde avec leur ordi, style écran bleu, "Votre système a cessé de fonctionner, appuyez sur une touche pour continuer". Alors juste au moment où ils redémarraient leur Windows 7, la France a demandé un emprunt, et re-merde Windows, le taux d'intérêt a été mal calculé et s'est retrouvé négatif. Tant pis pour les financiers, z'avaient qu'à acheter un iMac. Et tant mieux pour nous autt' Gaulois.

Mais en fait non, ça n'a pas dû se passer comme ça parce que depuis le 9 juillet, la France n'arrête pas d'emprunter à des taux négatifs. Encore aujourd'hui, tiens ! Ce 20 août de l'an de grâce 2012, le père Hollande vient de lever presque sept milliards d'euros à un taux de -0,015%, ni vu ni connu j't'embrouille. J'ai sorti ma calculette, pour vérifier combien la France gagnait sur ces sept milliards empruntés. 105 millions d'euros, messieurs-dames !!! Une cagnotte Euro-Millions bien comme il faut. Sans rien foutre. Juste faire l'effort d'emprunter.

Alors 'scusez-moi, mais j'aurais deux questions...

1) Puisqu'il y a des benêts à Wall Street qui sont prêts à payer pour prêter leur fric, pourquoi la France n'emprunte-t-elle pas à tour de bras des centaines de milliards à ces taux négatifs ? Au lieu de dépenser connement la caille, elle dépose le fric à la banque de son quartier. A l'échéance, elle rembourse ce qu'elle a emprunté, moins les montants correspondant aux taux négatifs. Sur sept milliards, ça fait 105 millions. Alors pourquoi pas emprunter sept mille milliards ? Le bénéfice serait de 105 milliards d'euros. Mine de rien, ça réduirait d'un coup de baguette magique la dette publique française de 10%, sans se fouler le poignet. Re-mine de rien, je vous signale au passage que j'ai peut-être trouvé la solution pour sortir la patrie de la merde. Il suffirait d'emprunter dans les jours qui viennent sept ou huit millions de milliards d'euros, de pas les flamber et d'en rembourser 99,985%. On torche la dette avant la fin de l'année, et on aborde l'apocalypse du 21 décembre comme des gentlemen, les cuisses propres. Voilà.

2) Je me mets à la place des gars qui prêtent. D'ailleurs, tout le monde peut se mettre à leur place, car tout le monde a prêté un jour ou l'autre du fric. Toi qui lis ceci, pourquoi tu filerais 100 euros à quelqu'un (qui n'est pas un proche) en lui demandant de te rembourser 99,99 € ? D'abord ça te fera beaucoup de monnaie, toute cette mitraille va te déformer les poches, alors qu'au départ, rappelle-toi, tu avais un beau billet vert de 100 euros, que ça faisait môôssieu. Et maintenant, avec tes petits billets de toutes les couleurs et ta mitraille qui cliquette dans les poches à chaque pas, t'as l'air d'un smicard, tu vois comment, miskine ta race. Donc voilà.

Tout ça m'amène à penser qu'on est effectivement pas loin de la fin du monde. C'est l'hystérie à tous les étages. On étrangle jusqu'à tuer Nikos ou Pedro, qui ont besoin d'argent pour survivre. Et à côté de ça, on donne du cash gratos à Hans ou Pierre qui ont besoin de fric, eux aussi, mais qui ne crèveraient pas si le crédit leur coûtait des intérêts. Tout le monde fait n'importe nawak, en haut, en bas, au milieu, à l'est et à l'ouest. Mais surtout beaucoup à l'ouest, complètement à l'ouest. Plus personne ne comprend ce qu'il fait, ni ce que font les autres. On regarde, on s'étonne deux minutes, le temps du buzz, mais on ne se pose plus aucune question de fond. Puisque plus rien n'est normal, plus rien n'est étrange non plus.

L'eau s'écoule de moins en moins bien. La baignoire va se reboucher, c'est sûr. Et je n'ai toujours pas mis la main sur la pompe. Idéalement, il faudrait que je la retrouve avant que ça déborde. Bah, je verrai ça plus tard.