15 août 2012, l'Assomption à la française

Une prière contre le lobby pédéraste...

... et rien contre les Juifs et les francs-maçons ?

C'était le grand sujet d'actualité du jour : l'Eglise catholique française avait invité les prêtres de la nation à prononcer en ce 15 août une prière dite "pour la France". On se demande bien pourquoi "pour la France", alors que c'est la fête de l'Assomption, c'est-à-dire quand que Marie elle est allée au ciel, pour rejoindre son fils Jésus. Et, je suppose, le père de son gamin. Mais en fait, c'est pas pour ça que je vous ai dérangés...

D'abord, force est de constater qu'on nous a squattés avec cette prière matin midi et soir dans la presse écrite, à la radio et à la télé, et ne parlons pas du web et des forums consacrés à l'actu. Mais accroche-toi Germaine pour retrouver dans les médias le texte intégral, rédigé pour l'occasion par le cardinal André Vingt-Trois. D'ailleurs, c'est quoi, ce nom à la chteumé ? C'est pour faire style futur pape, genre Jean-Paul Deux ou Benoît Seize ?... C'est son vrai nom ou une espèce de nom de scène ? (ou devrais-je dire nom de Cène ?). De toute façon, on s'en fout, c'est pas pour ça que je vous ai dérangés...

Je disais donc, tout le monde a son opinion sur ce texte, mais il est quasi-introuvable. Même sur le net, il n'est pas facile à lire dans son intégralité (contrairement à la petite phrase qui tue, extraite de ce texte). Comme je suis salement motivé dès que ça cause de religion, je l''ai cherché et trouvé, et je vous le livre ci-dessous (j'y ai mis quelques marqueurs entre parenthèses, c'est pour mes commentaires) :

« Frères et sœurs, en ce jour où nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie, sous le patronage de qui a été placée la France (1), présentons à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame, nos prières confiantes pour notre pays.

En ces temps de crise économique, beaucoup de nos concitoyens sont victimes de restrictions diverses et voient l’avenir avec inquiétude ; prions pour celles et ceux qui ont des pouvoirs de décision (2) dans ce domaine et demandons à Dieu qu’il nous rende plus généreux encore dans la solidarité avec nos semblables.

Pour celles et ceux qui ont été récemment élus pour légiférer et gouverner (3) ; que leur sens du bien commun de la société l’emporte sur les requêtes particulières et qu’ils aient la force de suivre les indications de leur conscience.

Pour les familles ; que leur attente légitime d’un soutien de la société ne soit pas déçue ; que leurs membres se soutiennent avec fidélité et tendresse tout au long de leur existence, particulièrement dans les moments douloureux. Que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soit un signe de la fidélité de l’amour.

Pour les enfants et les jeunes ; que tous nous aidions chacun à découvrir son propre chemin pour progresser vers le bonheur ; qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère (4).

Seigneur notre Dieu, nous te confions l’avenir de notre pays. Par l’intercession de Notre-Dame, accorde-nous le courage de faire les choix nécessaires à une meilleure qualité de vie pour tous et à l’épanouissement de notre jeunesse grâce à des familles fortes et fidèles. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. »

Voilà voilà. D'abord une petite confidence, pour annoncer l'ambiance : perso je kiffe très modérément l'Eglise, la catholique, l'orthodoxe, la protestante, les mosquées, les synagogues et tout ce qui va avec. Passons maintenant à mon analyse du texte de 23, que j'ai voulu scrupuleusement subjective...

1. "La Vierge Marie, sous le patronage de qui a été placée la France... blablabla... présentons à Dieu nos prières pour notre pays". Je me demandais justement ce qu'une prière pour la France venait foutre un 15 août, jour où on fête la Vierge. En fait, c'est tout con (mais c'est Wikipedia qui me l'a appris, parce que je l'ignorais, mauvais Français que je suis) : à l'époque de son règne, Louis XIII avait placé la France sous le patronage de la Vierge Marie. Bon, c'était un peu il y a quatre siècles, de l'eau a gentiment coulé sous les ponts depuis. La France n'est plus un royaume, il y a eu une séparation de l'Etat et de l'Eglise, mais on s'en fout : ça permet de faire le lien entre Marie et l'Hexagone, et tenter le buzz par la même occasion. Ça sent à plein groin le prétexte tiré par les couettes, mais on va dire qu'on l'a pas vu. 

2. "En ces temps de crise... blablabla... prions pour celles et ceux qui ont un pouvoir de décision". Eh bien voilà, on y vient. En fait, on y revient : inconsciemment, le père 23 exprime cette vieille nostalgie d'avant la fameuse séparation de l'Eglise et de l'Etat. "Comme ça serait trop de la balle si l'Eglise revenait aux affaires, un peu comme chez nos concurrents musulmans". Relisez la phrase: en ces temps de crise, prions pour ceux qui ont du pouvoir. Pas pour ceux qui subissent la crise, mais pour ceux qui sont largement au-dessus des problèmes matériels. Il y a quatre siècles, l'Eglise aurait écrit : "En ces temps de famine pour le peuple françois, prions pour le Roy et sa Cour". 

3. "Prions pour celles et ceux qui ont été récemment élus pour légiférer et gouverner... ". Outre le fait qu'on nous remet une couche de prière pour les détenteurs du pouvoir, c'est une preuve que tout arrive ! Ne v'là-t-y pas que l'Eglise se met à prier pour les socialos. Spéciale dédicace au n'importe nawak. De mémoire, notre sainte mère l'Eglise avait zappé de prier pour l'UMP en 2007. Et pourquoi siouplé, y'sentent la friture, à l'UMP ? Sérieux, si les cathos décident maintenant d'entrer en prière pour les socialistes, ils vont faire quoi demain ? Prier pour que Mélenchon il ait beau temps à la fête de l'Huma ?

4. "Prions pour que les enfants et les jeunes... blablabla... bénéficient pleinement de l'amour d'un père et d'une mère.". C'est là que les gays y'z'ont senti que l'Eglise tentait le coup à la missionnaire. Parce que figurez-vous qu'ils veulent se marier comme les autres, les gays. Et avoir des gamins comme tout le monde. Ils disent comme ça qu'un enfant avec deux papas ou avec deux mamans peut être heureux, et équilibré, et tout comme les autres, et parfois même plus heureux que d'autres qui ont un papa et une maman, mais pas tant d'amour que ça, de leur papa et de leur maman.

Et entre nous, c'est vrai que c'est choquant. Dieu a créé la femme et l'homme pour qu'ils fassent des moutards et les élèvent dans l'amour. Point barre.

Reste à comprendre pourquoi Il a créé les pédés. Et pourquoi des enfants nés de l'union d'un homme et d'une femme ne sont pas toujours élevés dans l'amour, alors que c'est Dieu qu'Il a décidé que c'est comme ça. Et pourquoi les pédés sont prêts à leur donner cet amour. Et pourquoi toutes les études sociologiques démontrent que les gamins élevés par des homos ne sont pas plus déséquilibrés que les autres, et que donc les pédés sont non seulement prêts à élever des gosses, mais aussi qu'ils en sont capables. Reste à comprendre ça, et après, promis, on se fait une prière du soir trop balèze pour Hollande, le gouvernement et toute la majorité parlementaire.

Voilà, c'est pour ça que je vous ai dérangés.


D'autant plus que...

cela semble aussi avoir échappé à tout le monde, mais la mère de Jésus étant vierge, son fils Jésus, ne pouvait pas voir en Joseph son père légitime. Ce pauvre charpentier à malgré tout assumer un rôle éducatif auprès du petit Jésus pendant plusieurs annés alors que le père légal  n'en avait même pas la garde alternée. Une famille décomposée-recomposée avant l'heure en quelques sortes...

 

Pas de soucis pour le dérangement : on était pas rangés !

Portrait de Guy Damme

L'Eglise au milieu du village

Toute société mue par un idéal démocratique est forcément traversée par des courants contraires. C'est ce qui en fait la force.

Les revendications de la communauté homosexuelle vont toutes dans le même sens, qui est double :

- Faire accepter à la majorité hétérosexuelle, au plus profond des mentalités, que l'ostracisme - voire la haine - envers un individu gay sont dénués de toute justification, car l'attirance sentimentale et sexuelle entre personnes de même sexe est aussi "normale" qu'une attraction hétérosexuelle. Tous les efforts des homosexuels se cristallisent autour du désir d'une totale intégration de leur différence dans la notion de "normalité";

- En tant qu'êtres "normaux", c'est-à-dire comme les autres, les homosexuels réclament les mêmes droits que tout le monde.

 

Opposée à cette vision, l'Eglise défend la position traditionnelle, séculaire, de la normalité : un couple, mot masculin, ne peut être formé que d'un individu mâle et d'un individu femelle. Contrairement à la couple, tombée en désuétude, qui désigne une paire de choses ou d'individus, sans aucune notion de genre.

L'Eglise catholique ne jette pas l'anathème sur l'homosexualité (en tout cas elle ne le fait plus), mais elle ne lui reconnaît pas la légitimité du couple. Elle rappelle également l'origine du mot (au masculin) et sa parenté avec le mot "copuler" qui, étymologiquement et observé par le prisme de la culture judéo-chrétienne, ne peut concerner que deux individus de sexe différent. D'ailleurs, historiquement, la copulation définissait la relation sexuelle exclusive entre mari et femme, dans le but implicite de procréer. La copulation au sens chrétien du terme ne pouvait en aucun cas être frappée du sceau du péché. La définition de ce mot a évolué, mais il faut garder à l'esprit qu'à l'origine, les notions de copulation, de couple et d'hétérosexualité étaient à la fois indissociables et exclusives. 

Ces précisions peuvent sembler théoriques et sans intérêt. Pourtant, elles expliquent pourquoi les débats sur les droits à accorder ou à refuser aux homosexuels sont si passionnés, encore au XXIème siècle. Alors que sur bien des sujets (comme les sciences), l'Eglise a perdu beaucoup de terrain et ne le récupérera jamais, elle continue à rassembler un auditoire large, au-delà de ses croyants pratiquants, sur le thème des droits des homosexuels. Non pas parce que l'Eglise hait la différence.

Mais parce qu'elle défend une vision de la normalité qui est encore profondément inscrite, de manière subliminale, dans nos mots, dans nos définitions, dans nos larousses. En refusant la légitimité du "couple" aux homosexuels, l'Eglise rassure la majorité hétérosexuelle sur le besoin de "normalité" de celle-ci. En faisant cela, elle tient son rôle : brandir avec force les certitudes ancestrales qui rassurent.

C'est le rempart conservateur, et il est indispensable : en mettant à l'épreuve les arguments progressistes, il contribue à en dessiner la légitimité ou au contraire à en débusquer la futilité. Pour qu'une société avance sans s'égarer, elle doit être constamment tiraillée entre courants conservateur et progressiste. Qu'un de ces deux pôles tombe, et la communauté devenue boiteuse, tombera à son tour.

 

Portrait de Un âne à Nîmes

Merci pour ces précisions, Guy

... Bon... Voilà voilà.

Sur ce, je vais faire un mail d'excuses à Benoît, pour mon article.