Masters and servants

La souplesse nécessaire

... à la prosternation

Le temps est à la négociation.

Les patrons proposent. Les syndicats refusent. Et ils contre-proposent. Les patrons contre-refusent. Depuis des décennies en Europe, c'est l'incontournable tradition en début de négociations sociales. Une fois ce rituel accompli, chacun cède, au fil des jours, un peu de terrain. On appelle cela la subtile stratégie des concessions.

Les journalistes attendent à la porte chaque jour et comptent les points chaque soir. On appelle cela rendre compte de l'évolution des débats. Le ton est neutre. Chaque chronique journalière est entrecoupée par les interviews d'un monsieur en costume cravate sur mesure : un patron. Et un monsieur en pull prêt-à-porter : un syndicaliste. Le premier déplore la rigidité du second. Le second fustige l'avidité du premier. De part et d'autre, des arguments livrés mille fois aux micros, sans passion. Peut-être pour cette raison, les mots ne portent-ils pas souvent la réflexion plus loin que l'instant présent. Pourtant, patrons et syndicats n'ont qu'un mot à la bouche: l'avenir.

Flexibilité et compétitivité. Les mots du siècle. Mais l'orthographe de ceux-ci n'est pas la même, selon que l'on se trouve dans un camp ou dans l'autre. Si l'on écoute les arguments du patronat, nos pays ne pourront faire face à la concurrence mondiale que si l'on s'adapte à la nouvelle donne planétaire. Le fond de pragmatisme qui nous habite (presque) tous fait écho à ces arguments. Il est vrai que nous ne sommes pas seuls dans ce monde productiviste. Nous crisper sur nos anciennes règles et nos acquis sociaux pourrait bien s'apparenter à de l'autisme. Ce scénario serait celui d'un film-catastrophe.

En réponse, les syndicats prétendent qu'il suffirait de faire peser la pression de la compétitivité sur les gains du capital. Pour faire court, faire payer les riches. Si l'on écoute les arguments des syndicats, la flexibilité et la mise en cause des acquis sociaux feraient basculer la majorité des Européens dans la précarité. Le fond d'inquiétude qui nous habite (presque) tous fait écho à ces arguments. Il est vrai que la perspective d'être des pauvres vivant dans des pays riches, de redevenir des misérables entretenant la séculaire puissance économique de l'Europe, n'est pas plus enthousiasmante que le scénario catastrophe décrit ci-dessus.

Dans les deux cas, on perd la partie. Alors qu'est-ce qu'on choisit ? La corde ou la lame ? Que préférez-vous, mesdames et messieurs ?

 

Portrait de Franz Bonhomm

Personnellement, j'ai choisi.

Ce n'est que ma réponse. Je n'ai probablement pas connaissance de tous les enjeux, je ne suis pas non plus dans le secret des dieux. Mais j'ai une opinion, qu'un certain Fabien Gache a parfaitement résumée, en quelques secondes.

On surestime souvent le risque de dire 'non'. En fait, le risque est de s'opposer alors qu'on est trop peu nombreux.