Basta kozy

Rubrique inspirée par ceux qui ordonnent aux pauvres cons de se casser.

Qu'un sang umpur abreuve Nazillon

Song for Luigi

Des fois, j'envie Luigi, le restaurateur au coin de ma rue. Luigi n'en fait pas mystère, il penche à droite, à en défier les lois de la gravitation. C'est pas compliqué : plus à droite, ce serait illégal ! Quels que soient les problèmes rencontrés par la République, Luigi sait qu'il faut déjà commencer par faire un nettoyage ethnique. Une fois qu'on se sentira un peu plus chez nous, on y verra plus clair et on pourra trancher entre gens civilisés. Trancher, il aime bien l'idée.

En ce moment, Luigi boit du petit lait. Je me demande pour qui il a pu voter au premier tour pour être aussi euphorique. En état permanent d'érection idéologique. Je ne le fréquente pas trop - je ne sais pas pourquoi, ça s'est agencé comme ça - mais la fille des voisins travaille pour lui. Alors je suis un peu au courant de l'ambiance du coin de la rue.

Voter utile ?

Utile pour qui ?

Il paraît que la campagne présidentielle 2012 est mortelle d'ennui. Il paraît que tous les candidats sont à la masse. Qu'ils ont grasseyé sur tous les thèmes possibles et imaginables, qu'ils ont abordé tous les sujets, sauf les vraies préoccupations des Français. Pour dire les choses comme je les ai entendues, il paraît que cette campagne est... chiante.

Il paraît qu'on s'en fout, puisque de toute façon ce sera Sarko contre Hollande. Les deux nous l'ont dit d'ailleurs, plus ou moins explicitement : "chers compatriotes, pour la France, pour l'avenir de vos enfants, il vous suffit d'aller voter utile et rentrer à la maison en faisant un petit détour pour acheter les croissants du petit-déjeuner".

Oui, c'est une idée, on pourrait faire ça.

Comment te dire, sans te vexer ?

Nous aussi, on avait besoin de toi !

... depuis 2007

Quoi que n'y a, Nicolas ?... Tu veux qu'on t'aide ?, tu as besoin de nous ?... C'est con, ce qui t'arrive.

Tu te retrouves exactement dans la même position que nous, il y a cinq ans. Je me rappelle, on cherchait quelqu'un de confiance, on prêtait attention à tout ce que vous disiez, Ségolène et toi. On en parlait en famille, au bureau, entre amis. Qui c'est qu'il faut choisir ?

'Faut dire qu'on était inquiets, en 2007. Nous avions besoin d'un vrai projet de société, d'un deuxième souffle, enfin ! Tu bougeais si bien, si vite : un coup ici, et l'instant d'après, magie !, tu étais déjà ailleurs. Partout. Ah, pour la bougeotte, tu étais fort. Pour la comm' aussi d'ailleurs. "Travailler plus pour gagner plus", rien à dire, respect pour ton art.

En 2007, on pensait être dans la merde.

J'ai un pote qui est un virtuose dans

L'art de se faire des copains

Prétexte pour une réflexion fascisante sur la Justice

J'vous ai pas parlé de mon pote Nikozy ?... Si ?... Ah bon, vous l'connaissez ?

On peut dire ce qu'on veut, c'est lui que c'est l'champion toutes catégories en matière de buzz. Dès qu'il fout le nez dehors, c'est plus fort que lui, ça n'manque jamais, il en sort une qui pousse immanquablement le pays au bord de la guerre civile. Il a un bon poste, mais c'est en CDD. Bah, je m'en fais pas pour lui, si son contrat de travail n'est pas reconduit, il pourra toujours se reconvertir dans le marketing.

Tenez, y'a deux jours, on lui pose une question sur les meurtriers récidivistes. Il trouve rien de mieux que de moucher tous les juges de France et de Navarre, bien comme il faut. Résultat : tout ce que la France compte de robes noires se retrouve dans la rue, façon lutte des classes. Mon poteau Nikozy est ce qu'on peut appeler un fouteur de merde multi-récidiviste. 'L'a du bol : c'est pas inscrit dans le code pénal, sinon 'l'aurait déjà pris perpète depuis longtemps, avec une peine incompressible de 1320 ans.

Réforme de la dépendance

Quoi qu'il en soit, Sarkozy assure !

Ou devrais-je dire : les Sarkozy assurent

Face à des journalistes semblables dans la déférence, Sarkozy a eu l'occasion d'affirmer sa vision de l'avenir. Je retiendrai particulièrement l'admirable courage de notre président, et son sens du devoir face aux multiples défis qui attendent la patrie. Parmi ceux-ci, la douloureuse question de la dépendance. Personnellement, je viens de découvrir ce soir que c'était une cause nationale. Si l'on m'avait posé la question, j'aurais plutôt tapé du côté du chômage ou de la précarité, mais je reconnais n'être qu'un humble parmi les humbles, sans aucune altitude.

Et d'abord...

Il va le remanier un d'ces jours, son gouvernement ?

Ou c'était juste une idée comme ça ?

Parce que là, ça va bien: ça fait des semaines maint'nant qu'il promène tout le monde. « 'Tendez peuple de France, je prends le temps de la réflexion, j'ai bin ma ch'tite idée mais boooon… pffff… j'me tââte ». C'est bien la première fois qu'il nous fait le coup de la réflexion qui précède l'action. Ça nous fait drôle, on n'a pas été habitués.

Alors au début, j’reconnais que ça nous a bien amusés, tous ces ronds de jambe des courtisans, les déclarations à deux balles cinquante, les sous-entendus, les messages ‘subtiliminaux’, le passage par la case Coiffeur (remarque, il était temps !)... Mais là on a tellement ri qu’on s’est coincé une joue.

Flashback mai 2007. Souvenez-vous...

La rencontre de l'aveugle et de la paralytique

Alors, ça roule ?... - Comme tu vois !

A l’instar de beaucoup de Français, en 2007 mon analyse s’est voulue pragmatique pendant la campagne présidentielle : ne dit-on pas « de deux maux, il faut choisir le moindre » ?  Rappelez-vous, à l’époque on avait droit à une Ségolène Royal dont le programme était une construction bancale de vœux pieux plantés sur un sol meuble, et dont le ciment était : « Vous tous, dites-moi ce que vous voulez, absolument tout ce que vous voulez et rien que ce que vous voulez, et moi je l’ajoute à mon projet de société ». Face à la madame, il y avait un Nicolas Sarkozy, plus sûr de lui, et un rien plus péremptoire aussi. Son projet à lui était à tomber par terre, tellement il était novateur : « Travailler plus pour gagner plus » et « Je veux être le président du pouvoir d’achat ». On peut lui reprocher bien des choses, mais il faut bien reconnaître que cet homme-là a su nous prendre par les sentiments.

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